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Focus

Un voyage dans le cloud rap en 10 samples

Notre sélection pour une rentrée tout en douceur

La rédaction, le 4 septembre

Cela fait maintenant plus de dix ans que le cloud rap s’est imposé comme l’une des émanations les plus étranges et fascinantes du rap. Du coup, sans raison particulière, sinon le plaisir de se remémorer de bons vieux souvenirs, on a décidé de se replonger dans certains de nos samples préférés.

Illustration : Camélia Blandeau
Texte : Dirt Noze, KallMeTheDoctor, Jocelyn Anglemort, JUP et Tis

Avant de devenir l’appellation d’un sous-genre musical, le cloud rap est né sous la forme d’une image. Est-ce la raison pour laquelle les contours de ce « château dans les nuages » paraissent si intuitifs et pourtant si difficiles à cerner ? Toujours est-il que ses atmosphères envoûtantes, son esthétique lo-fi, ses textes surréalistes ont complètement pénétré la musique mainstream sur la dernière décennie. Comme un symbole, c’est d’ailleurs un feuilleton vieux de dix ans qui a récemment trouvé sa conclusion. Il avait débuté un jour d’avril 2009, lorsque Lil B découvrit sur sa boîte mail un certain beat envoyé par Clams Casino, complète déconstruction du « Just For Now » de Imogen Heap. Subjugué, le rappeur de Berkeley en tira l’inoubliable « I’m God », et bien plus encore : le catalyseur d’une métamorphose du rap. Il aura toutefois fallu attendre le passage aux années 2020 pour que la chanteuse accepte de clearer le sample. C’est désormais chose faite avec la sortie officielle du morceau sur toutes les plateformes de streaming. Le réécouter aujourd’hui revient à se plonger dans les vestiges d’une époque où d’apprentis sorciers arpentaient les recoins d’internet, loin des considérations légales ou économiques, et des pratiques actuelles de beatmakers vendeurs de loops. Entre amateurisme et expérimentation, la pratique du sampling dans le cloud rap était bien souvent brute et naïve, guidée par ce que Julian Wass décrivait comme une « convergence nostalgique », incitation à oser tous les mélanges. La porte d’entrée vers un monde utopique, fabriqué de morceaux de Final Fantasy, de musiques du monde et de TR-808, où les lois de la physique sont bouleversées et les frontières n’existent plus.


► Main Attrakionz - « Chuch » (Prod. Friendzone)
► Gigi Masin - « Clouds »

Main Attrakionz - « Chuch »

Gigi Masin - « Clouds »

En 2007, les intempéries à Venise détruisent la quasi-intégralité du travail du producteur italien Gigi Masin et notamment le peu d’exemplaires restant de Wind, disque sorti en 1986 et vendu de la main à la main à l’occasion de concerts. Qu’importe, ce disque d’ambient avec une touche baléarique trouvera un regain d’intérêt plus de 20 ans après, à la faveur de diggers assidus, et assoira par là même l’importance de son compositeur comme valeur sûre de la scène électronique italienne. En 1989, soit trois ans après Wind, Gigi Masin s’était associé au batteur britannique Charles Hayward afin de sortir un disque d’ambient magnifique brillant par sa sérénité, Les Nouvelles Musiques De Chambre 2. Un morceau en particulier, « Clouds », va entrer dans la postérité, notamment du fait de l’utilisation de son thème et de ses notes de piano par Björk et Nujabes qui en 2002 le sampleront respectivement sur les morceaux « It’s in our hands » et sur le remix de« Latitude » de Five Deez. On peut aisément supposer que c’est ce dernier morceau lo-fi qui inspirera quelques années plus tard le duo de producteurs Friendzone. « Chuch » sort en effet en 2011 annonçant le formidable et ethéré album 808 & Dark grapes II de Main Attrakionz et sample également le morceau du vénitien en incorporant ses notes de piano au cœur de l’instrumentale concoctée sur mesure par James Laurence & Dylan Reznik pour accueillir les voix de Squadda B & Mondre M.A.N. Ce morceau cotonneux trouvera un répondant directement auprès du public et Gigi en personne donnera sa bénédiction à Friendzone, motivation et reconnaissance ultime pour notre duo de producteurs. Contribuant à la touche vaporeuse et cristalline qui se dégage tout le long de l’album de Main Attrakionz, on ne peut au final s’empêcher de voir dans l’utilisation des notes de « Clouds » un clin d’œil en référence à l’évocation de ces fameux nuages où se dissimule ce château mentionné par Lil B, image fondatrice d’un nouveau sous-genre qui sera labellisé cloud rap.- Tis


► Main Attrakionz feat. Danny Brown - « Cloud Skatin » (Prod. Julian Wass)
► Yasunori Mitsuda - « One who Bares Fangs at God » (Xenogears)

Main Attrakionz feat. Danny Brown - « Cloud Skatin »

Yasunori Mitsuda - « One who Bares Fangs at God »

Sorti en 1998, millésime d’exception pour le jeu vidéo, Xenogears est un sommet du JRPG sur la première PlayStation. Grand jeu inachevé au scénario trop ambitieux mais jamais égalé, mêlant philosophie, psychanalyse et religions sur fonds de combats de mechas. La bande originale est signée Yasunori Mitsuda, libéré de la tutelle de Nobuo Uematsu pour sa première composition en solo. Dans un style plus atmosphérique, Mitsuda puise dans la musique du monde, allant jusqu’à enregistrer des chœurs en Bulgarie et des musiciens traditionnels en Irlande. Malgré son indéniable sens de l’éclectisme, le compositeur japonais était loin de se douter que ses compositions aux accents plutôt folk trouverait un tel écho auprès des beatmakers. On a pourtant entendu les accords de ses créations dans le stoner rap de Wiz Khalifa (« Never Been » et « Never Been Part. II ») ou de Dom Kennedy (« Locals Only »). Mais c’est surtout chez les faiseurs de cloud rap que les airs délicats de Mitsuda ont le plus imprégné. Preuve en est l’existence d’un album hommage chapeauté par Julian Wass, avec la participation de la clique Green Ova (Friendzone, L.W.H, Ryan Hemsworth…) et d’autres figures du mouvement (KeyboardKid206). Déjà en 2011, Julian samplait « One who Bares Fangs at God », le thème du boss final de Xenogears, pour « Cloud Skatin » de Main Attrakionz sur Blackberry Ku$h. La cadence du morceau d’origine évoque une horloge que l’on remonte, symbolisant le retour à un univers primordial (en l’occurrence celui de la « Wave Existence »). Julian découpe ce matériau en une cacophonie trippante, comme si, plutôt que remonter le temps, lui voulait le faire glitcher, pour mieux le suspendre pour l’éternité. - JUP

Plus récemment, SahBabii, grand pourvoyeur de fraîcheur estivale, nous a régalé avec son « Purple Umbrella » qui samplait le « Star-Stealing Girl » de Mitsuda, tiré de l’envoûtante bande originale de Chrono Cross… L’inscrivant dans une tradition du cloud rap, puisque le morceau avait déjà été utilisé sur « Let Me Flex » de Chris Travis, et « Shoot The Dice » de Main Attrakionz.

► Lil B - « Flowers Rise » (Prod. Merkabah 13)
► Michiru Ōshima & Kōichi Yamazaki - « Heal » (Ico)

Lil B - « Flowers Rise »

Ico - « Heal »

Ico est un jeu silencieux. La première oeuvre de Fumito Ueda est un jeu innovant sur bien des aspects, sensible et immersif, qui invente des mécaniques de gameplay basées sur l’empathie, mais c’est un jeu silencieux. Et en même temps, en 2001 on n’a pas souvent été autant envoûté par la bande son d’un jeu qu’en se perdant dans les silences de celui-ci. L’écho des pas du petit personnage que l’on dirige et de sa mystérieuse compagne résonnant dans les grandes salles du château d’où ils tentent de s’évader, le vent qui souffle au sommet de ses tours, les feulements des rares ennemis que l’on y rencontre ou encore le ressac des vagues suffisent à nous immerger comme rarement. Dans sa volonté de supprimer toute information extradiégétique de l’écran, Fumito Ueda a eu la très bonne idée d’intégrer les points de sauvegarde comme de simple bancs. Il suffira de s’y asseoir pour que nos deux héros s’y endorment et que le plus beau thème du jeu se lance. Le bien nommé « Heal », puisque le repos soigne également nos protagonistes, composé par Michiru Oshima et Kōichi Yamazaki, est constitué d’une simple ritournelle de quelques notes magiques au fort pouvoir apaisant. Un moment hors du temps, où l’on est à l’abri et où tout se fige. Un moment qui reste gravé dans la mémoire sensoriel de toute personne ayant joué à Ico. C’est cette mélodie qu’a eu la bonne idée de choisir le producteur Merkabah 13, en 2012, pour que Lil B y pose une de ses plus belles chansons. Quelques années plus tard, en 2017, Fluent, jeune chanteuse/rappeuse de Baltimore alors proche de Sanchez et du Basement Rap Recs., reprendra à son compte le sample pour le très réussi « My Way » (Prod. Young Antho). - Dirt Noze


► Lil B - « Unchain Me » (Prod. Clams Casino)
► Gerard McMahon - « Cry Little Sister » (The Lost Boys)

Lil B - « Unchain Me »

Gerard McMann - « Cry Little Sister »

Disparu en juin dernier, le réalisateur Joel Schumacher laisse derrière lui une filmographie inégale mais sympathique, oscillant entre le presque culte (Chute libre) et le carrément nanar (Batman et Robin). Génération Perdue (The Lost Boys dans son titre original) relève plutôt de la première catégorie. Tout fleure bon les années 80 dans cette histoire d’adolescents aux prises avec des vampires motards dans la ville de Santa Carla en Californie. En particulier son thème principal, « Cry Little Sister », tube dark wave de Gerard McMann et Michael Mainieri, porté par un refrain hypnotique, maintes fois repris, de Tangerine Dream jusqu’à récemment Marylin Manson. Avec le retour en grâce des eighties, ses chœurs crépusculaires ont également constitué une matière à refrain de choix pour les rappeurs : chez Eminem pour un émouvant hommage à son pote Proof (« You’re Never Over »), ou chez Mobb Deep - avec Prince au clavier - sous la forme d’une sinistre ritournelle gangsta rap (« Thou Shall Not Kill »). La fascination de Clams Casino pour les productions cafardeuses de Prodigy et Havoc explique peut être son intérêt pour le refrain iconique, qu’il samplait en 2011 pour Lil B sur « Unchain Me ». Morceau phare de l’album I’m Gay qui confirmait l’incroyable alchimie d’un duo qui ne s’était pourtant jamais rencontré IRL. Encore plus gothique que l’original, Clams Casino baigne le chant alterné du refrain dans une insondable réverbération, comme un gospel sorti d’outre-tombe pour accompagner le prêche de Lil B. Le morceau annonce les futurs travaux du producteur du New Jersey dans le rap emo, notamment ses collaborations avec Lil Peep et Wicca Phase, autres vampires des temps modernes. - JUP


► SpaceGhostPurrp - « London Blues »
► Motherlode - « Soft Shell »

SpaceGhostPurrp - « London Blues »

Motherlode - « Soft Shell »

5 minutes et 32 secondes. C’est très précisément le temps nécessaire au physicien Markese Money Rolle, mieux connu sous le nom de SpaceGhostPurrp, pour faire passer son auditeur de l’état de solide à l’état gazeux. Comme si la chair se transformait en fines gouttelettes d’eau suspendues dans l’atmosphère, au-dessus de la surface terrestre. C’est aussi la durée exacte de ce « London Blues », instrumentale éthérée au charme imparable, au point d’en faire craquer A$AP Rocky qui la recycla pour le morceau « Keep It G » sur sa très célèbre mixtape Live.Love.ASAP, premier gros succès commercial du cloud rap. Toutefois, cette musique ne serait jamais née sans le génie de Motherlode. Ce groupe canadien de funk, soul et pop rock, formé en 1969, n’a en réalité existé que pendant un an, ce qui suffit à établir sa légende (en réalité, il s’est reformé plus tard avec d’autres membres). Leur album When I Die connut en son temps un joli succès d’estime, le single éponyme dépassant même la barre des 500 000 exemplaires écoulés, avant que le groupe ne disparaisse aussi vite qu’il était apparu. Le titre « Soft Shell », aux airs de Cowboy Bebop, reste très apprécié des beatmakers, en particulier sa batterie syncopée, réutilisée par des grands noms comme DJ Shadow ou DJ Premier. Purrp lui s’intéresse plutôt à ses cuivres langoureux, qu’il plonge ici dans un erlenmeyer de sonorités lo-fi défiant tous les principes de l’émulsion.– KallMeTheDoctor


► Pepperboy - « Real » (Prod. Friendzone)
► Art of Noise - « Moments in Love »

Pepperboy - « Real » (Prod. by Friendzone)

Art of Noise - « Moments in Love »

Z-Ro, 2 Chainz, le Byrdgang de Max B, Koopsta Knicca, Krayzie Bone, Maxo Kream (et son beat uptempo limite juke par Tommy Kruise) ou plus proche de nous le poto Moise The Dude ... longue est la liste de ceux qui ont un jour dépecé le tube des britanniques de Art of Noise, pionniers dans l’utilisation de l’échantillonnage numérique. Tout à la fois pop et avant-gardiste, romantique et synthétique, « Moments in Love » traverse les époques, trouvant sans cesse une résonance dans les modes du moment et semble, à ce titre, tout autant rattachable aux standards du courant qui nous intéresse aujourd’hui : aspiration pop sous codéine, phrasé fantomatique et répétitif, carillons scintillants, kick de synthèse et basses sinistres. Parmi les utilisations notables, citons par exemple « 4 the Bitches » de Lil B, « Get It How You Live » de Robb Bank$, « Master Shredder » de Nacho Picasso, « Poplar » de Chris Travis ou ce « Real » de Pepperboy, reprenant l’instrumentale du « Follow Me » de Shady Blaze (produite par l’indispensable duo Friendzone). - Jocelyn Anglemort


► Nacho Picasso ft. J Byrd The Low Life - « City Streets » (Prod. 88ultra)
► Angelo Badalamenti - « Twin Peaks Theme »

Nacho Picasso ft. J Byrd The Low Life - « City Streets »

Angelo Badalamenti - « Twin Peaks Theme »

Avec sa galerie de personnages étranges et sa région brumeuse hantée par les esprits d’anciennes tribus indiennes, la série de David Lynch fascine aujourd’hui encore l’imaginaire collectif et infuse bien au-delà de ses frontières télévisio-cinématographiques. Et en décrivant Twin Peaks comme « une ville de désir » aux habitants fortement motivés par un flot d’émotions qui s’entremêlent les unes avec les autres, son créateur apporte l’eau à notre moulin pour de fumeux parallèles avec la vague cloud rap. Par l’utilisation d’une écriture à double-ou-triple-voir-quadruple lecture, Nacho Picasso fait lui aussi de la ville - Seattle en l’occurrence - le personnage principal de sa quête spirituelle. Dans cet univers où le surnaturel et le réel ne font plus qu’un, où les beaux espaces se font transpercer par la violence des hommes, le rappeur se veut torturé et séducteur. On l’imagine alors sans mal parfaitement excité à la vue du corps sans vie de la reine du bal, échoué en bordure d’un lac de montagne cristallin. Tel l’agent Dale Cooper, sur ce beat de 88Ultra (50% de Blue Sky Black Death), épaulé par son cousin J Byrd The Low Life, Nacho part à la recherche de l’entrée de sa loge noire. On la lui souhaite remplie de nains tordus et de blondes séduisantes. - Jocelyn Anglemort

« Walking through the city streets / Chasing something I’ll never find
Falling in a cold grey tree / We get high and I’m losing my mind
 »


► Nacho Picasso – « ’89 Dope Spot » (Prod. Eric G & Blue Sky Black Death)
► Deep Forest - « Sweet Lullaby »

Nacho Picasso – « ’89 Dope Spot »

Deep Forest - « Sweet Lullaby »

Il fut un temps où les rabat-joies avaient coutume de dire qu’avec son utilisation de flûtes de pan ou d’instruments traditionnels de musique chinoise, le cloud représentait le volet « Nature et Découvertes » de l’univers rap. Puis la trap a démocratisé l’usage de mélodies de flûtes, jusqu’à l’overdose, sans pour autant vraiment assumer ses inspirations New Age - ou pire « musiques du monde » - en provenance de disques chinés en stations services et composés par des artistes bien-de-chez-nous. Souvenez-vous de Chants and Dances of the Native Americans par Sacred Spirit, des disques d’Era et Deep Forest, ou encore ceux d’Enigma (que Lil B reprendra lui sans aucune forme de honte) que vos parents faisaient tourner dans la 405 sur l’autoroute des vacances. Avec leur volonté de créer eux-aussi une ambiance méditative et relaxante par gros cagnard, on comprend que les acteurs cloud rap aient porté leur intérêt sur certains des artistes sus-mentionnés. C’est le cas de BSBD et Eric G, à cela près qu’eux ont décidé de brosser « Sweet Lullaby » à rebrousse-poil et explorer la face sombre du cloud. L’atmosphère est ici plus menaçante, avec un Nacho Picasso fidèle à lui même : neurasthénique et mélangeant volontiers sexualité débridée et violence conjugale. Si le cloud rap regarde le ciel, il vole dans celui de BSBD son lot d’oiseaux de mauvais augure. L’orage est imminent. - Jocelyn Anglemort


► Black Smurf - « Pride of a Titan » (Prod. YungDubz & Jeps)
► Clint Mansell - « The Last Man »

Black Smurf - « Pride of a Titan »

Clint Mansell - « The Last Man »

Clint Mansell, le nom ne vous dit peut être rien, et pourtant il est impossible que vous aillez échappé à son œuvre la plus connue. Ancien chanteur et guitariste, reconverti en compositeur de musique de films, Clint est le compositeur attitré de Darren Aronofsky, avec lequel il a rapidement connu le succès en composant la bande originale de Requiem For a Dream, et notamment son célébrissime « Lux Aeterna », devenu un poncif des bandes annonces hollywoodiennes et des vidéos conspirationnistes. Dramatique et dépressive, il n’en fallait pas plus pour que la musique de Mansell inspire nos beatmakers cloud. C’est le cas de YungDubz et Jeps, qui ont eu l’idée géniale de sampler The Last Man, thème principal du film The Fountain, pour en tirer l’instrumentale de ce « Pride of a Titan » sur l’album 7 Dealdy Sins de Black Smurf, le mystérieux rappeur à la voix ressemblant à un mixe entre Gucci Mane et Smug Mang. - KallMeTheDoctor


► A$AP Mob – Young N***a Livin (Prod. DJ Smokey)
► Alain Goraguer - La Planète Sauvage

A$AP Mob – Young N***a Livin

Alain Goraguer - La Planète Sauvage

Pionnier de l’animation française, René Laloux incarne l’esprit d’une science fiction surréaliste bien de chez nous, qui connut ses heures de gloire dans les pages de Métal Hurlant. Il a d’ailleurs travaillé avec Moebius (Les Maîtres du temps) ou Philippe Caza (Gandahar). La Planète Sauvage, son premier long-métrage sorti en 1973, est loué pour son onirisme adulte, renforcé par sa bande originale jazz rock signée par Alain Goraguer. Compositeur de génie, vénéré des beatmakers, qui sont nombreux à avoir fouillé dans le puits sans fond de ses inventions psychédéliques, de Dilla à DJ Shadow, en passant par Madlib. On vous renvoie sur ce sujet à l’excellent article d’Aurélien Chapuis et Raphaël Da Cruz. Comment le cloud rap pouvait-il passer à côté d’une telle fabrique à rêves ? DJ Smokey l’a bien compris, en samplant la bande originale mythique à plusieurs reprises, notamment sur « 9 to Ya Dome » pour Yung Simmie, « Invasion of Da Kush Alienz », et surtout ce « Young N***ga Livin ». Le morceau est né de la rencontre du canadien avec A$AP Yams, qui lui a toujours manifesté son admiration. Yams le teasait déjà en 2014, mais il ne sortira officiellement qu’en 2016, soit un an après la disparition du fondateur de l’A$AP Mob, sur Cozy Tapes Vol. 1 : Friends, ce qui donne aux élans hédonistes d’A$AP ANT, A$AP Twelvy et A$AP Ferg une résonance toute particulière.- JUP


BONUS : Froskees - Final Fantasy Remix Collection

À la suite des expérimentations de pionniers qui, en puisant leurs samples dans des régions auparavant délaissées, décloisonnèrent le rap pour l’emmener vers des ambiances plus planantes et des cieux plus nuageux, une nouvelle scène de producteurs en chambre s’engouffrèrent dans la brèche pour tenter d’apporter leur pierre à l’édifice de ce que l’on nommera cloud rap. En 2012 le jeune homme qui se fait alors appeler Froskees sur internet est de ceux-là. Le DJ originaire de Los Angeles, fan de rap et de jeux vidéo japonais, tente depuis les profondeurs de l’underground de réunir ses deux passions en bricolant une série de remixes de rap en se basant uniquement sur des samples tirés de la série culte de Hironobu Sakaguchi Final Fantasy. Les mélodies éthérées de Nobuo Uematsu accompagnent donc ici les élucubrations de Future, Waka Flocka Flame ou Pimp C, créant parfois un décalage bienheureux entre la violence du ton (et des propos) de nos joyeux lurons et les synthétiseurs planant des instrumentales : Waka Flocka se vante de passer sur Worldstar (« I’m on Worldstar » avec Gucci Mane) sur les orgues du thème « Dark World » de Final Fantasy VI, et Future casse des briques comme au karaté (« Karate Chop ») sur les arpèges virevoltants du thème « Weapon Raid » du septième opus. C’est ainsi que le thème particulièrement bucolique d’« Ahead on Our Way » (Final Fantasy VII encore) devient le support idéal pour porter l’empathie et l’amour universel que Lil B distille sur son incroyable chanson « Real Life ». Il est juste dommage que Froskees n’ait pas ici conservé l’entièreté des paroles pour n’en reproduire que deux passages. - Dirt Noze


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