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Focus

La Phonkerie Vol.1

La Phonk Made In France

Mugen le druide, le 18 novembre

Souvent évoquée dans les pages de SwampDiggers, la Phonk demeure un sous-genre du rap assez peu connu en France. Pourtant, quelques irréductibles Gaulois font vivre ce mouvement, qui commence à trouver son public. Membre fondateur de La Phonkerie, Tibo nous présente ce collectif qui s’impose comme l’un des plus actifs dans cette partie du rap immergé.

SwampDiggers : La première fois qu’on a entendu parler de La Phonkerie, c’était il y a deux ans. Vous aviez organisé une soirée à l’International uniquement basée sur la phonk, un style encore assez underground en France. On a pu t’entendre mixer aux côtés de Neuf Cube, Jxy Breez, et découvert la clique de Shams Raheem et D.Boy et les jeunes de Train Fantôme. Quelle vision vous avez de cette soirée avec du recul ?

Tibo : Quand on s’est rencontrés avec David [ndr : David Stora], à la base pour parler de Sic Records, on avait parlé de faire une soirée phonk à Paris. Du coup on a constitué une petite équipe, avec Shams, Jxy Breez, Swann, David et moi, et on a organisé cet événement. C’était cool, il y a eu des lives de Neuf Cube, Sages Mécréants, Train Fantôme, mais aussi Rowjay, Glouton, Owlymane, Avddxct... Il y avait une super ambiance, un public vachement varié, on était plutôt content de cette première. Bon après on a eu un peu de mal à enchaîner sur la suivante ! Nathan s’est greffé à l’équipe, on a évoqué pas mal de projets, puis l’été est arrivé. On a refait un truc en octobre avec les mecs de Vagina Dentata dans un squat à Montrouge, c’était très cool aussi.

SD : Vous pensez que le mouvement phonk a progressé en France depuis ? Ou c’est voué à rester un truc de niche par essence ?

T : Franchement oui, je pense qu’il y a de plus en plus de gens qui s’intéressent à la phonk, d’artistes qui s’inscrivent plus ou moins dans ce style, et de plateformes qui en parlent. Je pense à Toxin, La Turnuperie, la page Phonk.Fr, le travail de titan que fait Avddxct avec Noman’s Land, Nxlx, Shams et toutes ses connexions... Et au-delà de ça, je trouve qu’on commence à entendre des influences phonk dans le rap français mainstream : j’ai entendu l’autre jour un truc de Diddi Trix avec un sample de Three 6 Mafia au refrain. Ça fait déjà un moment que c’est la mode aux US et j’ai l’impression que ça gagne du terrain ici. Après je pense que le terme phonk désigne un truc de niche à la base, même si ça englobe plein de petits styles différents, qui pourraient facilement se diluer dans des courants plus grand public.

SD : Comment vous est venue l’idée de faire ce nouveau projet ? Ça vous a pris combien de temps entre l’idée et la sortie du projet ?

T : L’idée de la compilation est venue assez tôt : quand on s’est revus vers la rentrée 2019, on avait chacun plusieurs projets en tête, dont cette compilation qui réunirait plein de producteurs phonk, essentiellement français. Après ça a été long : on a commencé à contacter des mecs en décembre 2019 je crois, et on a bouclé la tracklist définitive fin juin 2020. S/O Dropout Marsh qui nous a beaucoup aidé pour la promo avec ses vidéos, et Glouton qui a fait le master définitif.

SD : Est-ce que vous pouvez nous parler des artistes présents sur le projet ? Il y a des noms connus et d’autres un peu moins.

T : Oui, on voulait qu’il y ait des noms bien installés et d’autres moins connus. On a d’abord contacté Soudiere, qui est vraiment le boss de la phonk en France, et facile dans le top 3 mondial, même si ça ne veut pas dire grand-chose ce genre de classement. Il y a trois étrangers : Cana d’Allemagne, Cxxlion de Suède et Lowpocus de Montréal, des mecs que je trouve super forts. Après c’est que des frenchies, de Lille à Montpellier, de Lyon à Marseille…Tous dans des délires assez différents. On est contents d’avoir une fille sur la tracklist, Ninjah, il y en a peu dans la phonk. Il y a deux morceaux avec des MCs : Ryuk Phis, qui est dans une ambiance Memphis 90 bien crado, et Nephilim [ndr : duo composé de D.Boy et Shams Raheem], qui sont des vrais fans de phonk. Et je trouve que ça donne un petit plus à la tape, c’est pas uniquement instrumental comme la plupart des tapes phonk.

SD : Pourquoi ne pas avoir mis le projet sur les plateformes de streaming ? Pour des questions de droits sur les samples ? Ou c’est un vrai esprit de digger de « boycott » le streaming ? Je rappelle qu’il est en prix libre sur Bandcamp.

T : Franchement pour le streaming j’ai pas de vraie réponse : j’y connais rien, je n’utilise pas ces applications, je laisse David et Swann te dire ! La compil est sur Soundcloud et Bandcamp en prix libre, avec de superbes cassettes conçues par Swann. Dépêchez-vous si vous voulez en choper il n’y en a presque plus ! À ma connaissance, c’est sur ces deux plateformes que sort l’essentiel des trucs phonk.

SD : Question méga relou mais obligatoire : comment vous décririez la phonk à un novice ? Genre vraiment quelqu’un qui n’a jamais entendu parlé de SpaceGhostPurrp et qui écoute principalement Damso par exemple.

T : Alors pour un auditeur de Damso, je dirais que la phonk c’est un genre de rap qui mélange les influences de rap sudistes des 90s, surtout le « screwed and chopped » de Houston et le Devil Shyt de Memphis, avec des délires plus actuels comme la trap et le cloud rap. En gros quoi. Et effectivement, un des pionniers, peut-être le tout premier même à utiliser le terme phonk, c’est SpaceGhostPurrp, l’homme qui a donné sa première couleur musicale à Asap Rocky, entre autres. Les fondateurs, les plus exposés, c’est le Raider Klan et puis le Schemaposse, la TeamSESH, le G59, Dj Smokey... Et il y a aussi des netlabels plus undergrounds, auxquels on pourrait plus s’identifier, comme Always Proper, Purpleposse, Holy Mob, SIC Records, Doomshop Records...

SD : C’est quoi les prochains projets La Phonkerie ? Vous pouvez nous teaser un peu ?

T : On a plusieurs projets sur le feu et le prochain sera une tape mixée de sons house phonk avec quelques exclus, on fait le max pour sortir ça bientôt. Et sinon il y a d’autres trucs en route, dont une collab entre un rappeur et un producteur qui avance super bien, on a hâte d’en dévoiler plus. On a aussi du merch en préparation et pas mal d’autres trucs dans les tuyaux.

EDIT : Grace aux merveilles de la technologie moderne, le projet est désormais disponible sur toutes les plateformes de streaming. Par contre si vous vouliez des petites cassettes, elles sont sold out.


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