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Focus

Sada Baby My real name is Casada

Tell Skuba Steve do the Skuba dance

Tis, le 14 mai

Retour sur le parcours de Sada Baby, artiste de Detroit versatile, capable des dance moves les plus inattendus comme des punchlines les plus improbables.

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"I can’t help it, even if I’m talking about drugs or making basketball analogies, I’m gon’ dance. (...) I’m a memeable motherfucker." (Pitchfork, mars 2020)

Casada Aaron Sorrell nait en 1992 à Detroit, Michigan. Celui qui précise qu’il a commencé à rapper relativement jeune, débute alors son exposition grâce à des premiers clips aux alentours de 2013. En l’espace 3 ans, il collabore notamment sur quelques featurings perdus dans la jungle de la scène locale de Detroit et réalise ses premiers faits d’armes. A l’issue d’une première compétition locale de rap qu’il remporte face à 12 autres rappeurs, il décide de se consacrer au rap porté par le succès de cette première reconnaissance qui lui permet par la même de remporter ses premiers deniers. Les vues de ses quelques clips Youtube se multiplient, le confortant dans cette idée, au détriment du basket qu’il pratique alors en tant qu’étudiant.

En 2016, le single "Stacy" le révèle au niveau de Detroit . La reconnaissance se poursuit en 2017 avec les projet Skuba Sada et DON- Dat One Nigga qui lui assurent alors une véritable exposition au niveau national, portée par des hits clippés. Ces deux formats longs (chacun doté de 17 titres) illustrent en effet la versatilité du rappeur barbu.
Son style sans retenue exprime une tension presque palpable, renforcée par ces beats typiques du son de Detroit, froid, où viennent parfois rebondir des basses synthétiques sur des boucles de claviers entêtantes. Survolté, le barbu se montre débordant de fougue et prêt à exploser à tout moment. Mais Sada Baby révèle aussi son alter-ego, Skuba Ruffin en hommage à David Ruffin, le chanteur à la voix bourrue du groupe The Temptations (notamment samplé sur le titre éponyme). "Peacock" le voit ainsi troquer son rap âpre pour endosser un uniforme de chanteur, tout comme "Return wit my strap", gangsta rap mélodieux détournant un "Return of the Mack" sous forme de déclaration d’amour aux armes à feu. Cette exposition lui permet dans la foulée de signer chez Grizzley Gang et d’accompagner notamment en concerts la sensation montante de Detroit de l’époque, Tee Grizzley.

Une succession prolifique de singles, clips et featurings se poursuit jusqu’au viral et allumé "Bloxk Party" en 2018 avec Drego et produit par Von Jose. Ce véritable hit va dépasser les frontières de Detroit et lui permettre une nouvelle mise en avant. Ses gesticulations torse nu généreront ainsi un débat sur un possible emprunt par Childish Gambino pour son clip "This is America". Ses mouvements de danses sont en effet à l’image de son rap, impulsifs et frénétiques comme résultant d’une improvisation.
Néanmoins, la structure semble le brider, et même si l’ébauche d’un projet "Double Dragons" avec son acolyte FMB DZ pointe le bout de son nez avec quelques morceaux distillés sur le net, son activité semble quelque peu ralentir.

Sa séparation de Tee Grizzley, sous fonds de rumeurs ne lui permettant pas d’exploiter son plein capital, se matérialise et en 2018 l’album Bartier Bounty voit le jour. Sorti chez Asylum Records au sein de la Warner Music Group, comme un pied de nez à la folie larvée de Sada Baby, celui-ci est son premier projet officiel depuis plus d’un an. Le titre est un habile mélange de référence aux lunettes Cartier en corne de buffle et de la suppression de la lettre C (affiliation au gang Bloods oblige).
Toujours sardonique et frisant le mauvais goût ("We got pills in the party, Bill Cosby"), il y développe son univers cartoonesque entremêlé de morceaux alternant murmures sédatés, rap ign’ant exubérant et ballades où le spleen se déverse parfois tout en maintenant une malice pernicieuse capable de se muer en éruption volcanique à tout moment. Les connaisseurs de Sada Baby demeurent néanmoins quelque peu sur leur faim et l’on peut regretter néanmoins un certain manque d’innovation. Mais cet album lui permet d’étendre un peu plus sa renommée et d’assurer indéniablement sa position de rappeur talentueux.

La mixtape Whoop Tape sort en catimini en septembre 2019, absente des grosses plate-formes pour cause probable de samples non clearés, synthèse d’un rap de rue viscéralement agressif et au caractère animal, symbolisé par ce gorille arboré sur une pochette sobre.
Regorgeant de clins d’oeil, Sada Baby monte façon crescendo sur ses morceaux, commençant par des marmonnements pour finir sur des rhytmes scandés à la limite du hurlement, ponctués par son adlib caractéristique "Huggh". Skuba Ruffin n’est aussi jamais très loin et refait son apparition sur quelques morceaux, notamment sur "Kold lil choppa"). Ce qui ne pourrait paraitre que pitreries se transforme en pirouettes sonores débordant de références cryptiques où viennent s’entremêler références cryptiques aux jeux-vidéos, au playground et à la culture populaire, revisitant des instrumentaux de C-Murder, Boosie Badazz ou encore... Vanilla Ice).

Au tout début de l’année 2020, sort le projt Brolik, à nouveau illustré d’un gorille et à l’égard des plate-formes (disponible notamment sur Datpiff et sur Youtube), nouvelle compilation brute de morceaux, où Sada se montre à l’aise alternant métaphores absurdes et à l’aise, et pensées réalistes sur son addiction aux pilules, entouré de ShittyBoyz Babytron, G Herbo ou encore Blocboy JB & Hoodrich Pablo Juan (avec qui il venait de collaborer).

S’ensuivra sa dernière sortie à date Skuba Sada 2, porté par le féroce single "Skubaru" ou le puissant "Slide" où Sada met à l’honneur son jeu de jambes sur un sample de The Gap Band usiné par l’architecte Helluva.
Celui-ci continue de surfer sur les instrus, alternant chansons portées par une voix suave mais non-raffinée, aux incantations, frisant les hurlements de fin de morceau, avec cette gradation vocale latente qui le caractérise.

Sada Baby se montre comme le digne représentant et la figure de proue émergée de l’iceberg d’un rap de rue de la scène de Detroit, âpre et sans concession, loin de Danny Brown ou de Slum Village, ville qui témoigne toujours aujourd’hui d’une multitude de propositions artistiques diverses allant de Payroll Giovanni en passant par les ShittyBoyz et notamment BabyTron ou encore Apollo Brown.
Obsédé par les Percocets et la soif de réussite matérielle frôlant l’hystérie, Sada Baby insuffle une énergie à chaque morceau, et derrière certaines thématiques éculées (amour des armes à feu semi-automatiques, drogues, misogynie crasse), il se distingue en usant de métaphores inattendues, à l’humour glacial. Son ton flirte avec une certaine légèreté, parfois improbable, et des propos pour le moins sombres et franchement non rassurants, soutenus par un flow rythmé par l’urgence. Qu’il rugisse ou chantonne, et alors que Sada Baby confesse qu’il n’écrit pas ou peu, c’est très souvent devant la caméra ou en studio que la magie opère (comme illustrée lors de sa performance dans la cave de Kenny Beats).
Sa performance est polyvalente, offrant un saisissant contraste entre ballades roucoulées et psalmodies rauques où la colère peut jaillir à tout moment.
Sa vitalité, sa prolixité outrancière de supervillain grimaçant issu d’un comic décalé, son énergie irrépressible se manifestant dans ses dance moves ou ses montées en intensité, en font assurément l’un des rappeurs les plus intéressants de la période, où ce dernier impressionne d’autant plus par la récurrence de ses apparitions et sa constance. Chaque morceau courant le risque de se retrouver cantonné à un passé dans une industrie où la tyrannie de la nouveauté prime, son endurance est aussi le signe d’un rappeur capable de poursuivre une ascension en capitalisant sur sa discographie multiple et conséquente.

Une proposition artistique diverse et variée et donc difficile à résumer, illustrée ici par une sélection mixée où l’on retrouve de nombreux compagnons de la scène de Detroit (Drego, FMB DZ, Eastside ReUp, GT...) mais également des producteurs émérites à l’instar de Helluva, Michigan Meech, DamJonBoi ou RJ Lamont. Une sélection composée uniquement de morceaux absents de ses projets officiels, entre losies, featurings et collaborations et rips de morceaux tirés d’obscures chaînes Youtube.


Liste des pistes :

  1. Intro
  2. Sada Baby & FMB DZ - 305
  3. FMB DZ - Dripple dragons feat. Sada Baby
  4. OG Louie The XIII - Percs feat. Sada Baby
  5. Sada Baby, Drego Baby & Lil Beno - My tool
  6. Mozzy - Just my luck feat. Sada Baby
  7. E-40 - The pack attack feat. Sada Baby & FMB DZ
  8. CashClick Boog - RP’s feat. Sada Baby & Rio Da Yung OG
  9. Eastside ReUp - My dawg feat. Sada Baby
  10. Jay Jullio - 2 sides feat. Sada Baby
  11. Sada Baby - Koleman Young
  12. Sada Baby, Paid Will & Masoe - Draymond 2
  13. BandGang Lonnie Bands & GT - Minding my business feat. Sada Baby
  14. Sada Baby - Gettin’ off
  15. Sada Baby - Norfside Eastside feat. Que
  16. Lando Bando - I knew this would happen feat. Sada Baby
  17. Young Ra - Uh oh feat. Sada Baby & Lexxi Morang
  18. Sada Baby - Free 80s
  19. Sada Baby - Playa’s klub feat. GT
  20. Sada Baby - Something 2 say
  21. Sada Baby - Josh Jackson
  22. Teflon Twaun - Untouched whoop feat. Sada Baby
  23. Marvelous - Perkys feat. Sada Baby
  24. Sada Baby - Bobby Bouscher
  25. Philthy Rich - Robin Hood feat. Sada Baby
  26. Ballout - Spyder feat. Chief Keef & Sada Baby
  27. Sada Baby - Neva did feat. Hardwork Jig
  28. Eldorado Red - Top shotta feat. Sada Baby
  29. Paper Lovee - 25 rounds feat. Sada Baby
  30. Damjonboi - Winning feat. Sada Baby, GT & Eastside ReUp
  31. Oba Rowland - Hot 107.5 feat. Sada Baby (bonus track)

Cover : Dirt Noze
Mix : Tis


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