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Focus

Memphis, Devil Shyt

La face sombre du dirty south

Dirt Noze & Gho$tFrieza & Jocelyn Anglemort, le 23 octobre 2017

Retour sur l’importante scène du Memphis des années 1990. Suivi d’une sélection de 18 cassettes pour découvrir, ou approfondir, une des scènes les plus influentes de l’histoire du rap.

Ce texte a été précédemment publié dans le magazine IHH.

Memphis, terres brulées

Autour de l’année 2010, on a vu renaître un intérêt notable pour la période fructueuse du Memphis des années 1990 et sa déferlante de projets estampillés « devil shyt ». Des journalistes hype aux plus nerd des diggers du web, en passant par les métalleux en reconversion, nombreux sont ceux qui tombent dans le piège maléfique.

Dj Spanish Fly

Cette curiosité renouvelée s’est d’abord manifestée sur Internet autour de rappeurs et producteurs tels que le Raider Klan, Bones, Dj Smokey ou Tommy Kruise. De jeunes artistes qui puisent massivement dans les sonorités et l’esthétisme de cette période très marquée. En décomposant une grande partie du rap contemporain, on retrouve désormais des similitudes manifestes avec les éléments caractéristiques de ce « devil shyt ».

Chez les rappeurs tout d’abord : dès la fin des années 80, les MC du Tennessee (Lord Infamous, Skinny Pimp) impressionnent par l’utilisation de flows « double time & triplet », aujourd’hui largement reproduits et répandus, de Migos à A$AP Ferg, pour aborder des thématiques assez habituelles pour les amateurs de gangsta rap sombre (la trinité robbin’, pimpin’, killin’) mais en y apportant une dimension horrorcore et satanique très inspirée par le cinéma de genre post 1970.

Les histoires rapportées sont excessivement misogynes, teintées d’un humour pince-sans-rire et d’une forte présence démoniaque. La mort, le sexe, la drogue, la prison, les sujets sont durs et, à ce petit jeu, On the run de Tommy Wright, sorti en 1996, atteint des sommets de noirceur et dépeint avec brutalité un Memphis des plus sordides (« Killed the baby bitch by suffocating her with a fucking towel »). Cette frénésie de délires morbides est entrecoupée d’examens profonds des troubles psychologiques des personnages.

Tommy Wright III

La description minutieuse de la paranoïa et des hallucinations est au cœur du mythique Da Devil’s Playground de Koopsta Knicca, une œuvre adulée et ultra-samplée encore aujourd’hui,notamment dans son fameux morceau Stash Pot : « Lock, you in the fucking trunk -While I hit the fucking phonk –Now I’m going crazy man- All I see is blood ».

D’autre part, l’influence en terme de beatmaking est également colossal : charleston véloce, 808 glaciale, configuration très lo-fi flirtant parfois avec l’inaudible, utilisation massive de samples vocaux menaçants répétés à l’excès (« choppin hook »), d’orgues, de violons et de claviers. Des caractéristiques que l’on peut retrouver dans le rap mainstream sous inspirations crunk ou Trap. Ces sonorités, et sans doute une grande partie du son sudiste moderne, sont à remettre au crédit d’un certain Dj Spanish Fly. C’est certainement son tube Smokin’ Onions qui cristallisera, dès la fin des années 1980, cette signature typique du son de M-Town. Les clubs dans lesquels il joue ne goûtant que peu les paroles explicites autour d’histoires de vols à mains armés et de proxénétisme de ses mixes, il se met alors à distribuer ses cassettes de manière indépendante et entraine dans son sillon d’autres DJ’s et producteurs locaux hypnotisés par ses performances radiophoniques du milieu des années 1980 (Dj Squeeky et ses Summa Mix, Dj Paul & Juicy J, Al Kapone, DJ Squeeky, ou encore 8Ball & MJG expatriés pour raisons contractuelles à Houston).

Dj Squeeky

L’importance des DJ’s est majeure dans l’installation de cette scène. Avec leurs studios minimalistes, ils œuvrent à la création de mixtapes où l’atmosphère et l’ambiance priment et où les rappeurs sont remisés au second plan. Les flows se multiplient et innovent pour coller aux expérimentations des beatmakers. Les rappeurs, toujours plus techniques, proposent de nombreux ralentissements et accélérations, s’aventurent parfois dans des zones inattendues, et multiplient les parties chantonnées qui tranchent avec les styles plus monotones et directs des rappeurs à succès de l’époque.

Naviguant toujours à contre-courant (équipement de studio minimaliste, diffusion sur support K7 alors que l’industrie capitalise sur l’explosion du CD) le « devil shyt » de Memphis n’aurait pu être qu’une musique de niche locale. Avec des moyens financiers minimes et sans vraies structures de diffusion, peu d’artistes ont su s’inscrire dans la durée. Seule la tornade Three 6 Mafia finira par emporter les dollars et les récompenses à M-Town et bien au-delà de ses frontières.

Triple 6 Mafia

Alors que J-Green ou Lil Loco tentent bon gré mal gré de maintenir la flamme d’une certaine tradition souterraine, le vent de la Three 6 Mafia souffle toujours plus fort au fur et à mesure que son équipe se déleste de ses membres pour policer son image (il ne restera plus que Juicy J et Dj Paul avant dissolution totale, les regrettés Lord Infamous et Koospta Knicca, Gangsta Boo, Playa Fly et bien d’autres étant évincés au fil du temps). En se purifiant progressivement de son image diabolique, l’ascension du crew est sans limite, jusqu’à l’obtention d’un Oscar pour la b.o du film Hustle & Flow en 2006.

Aujourd’hui, l’importance de l’héritage du "devil shyt" de Memphis est incontestée, avec d’un côté la trap qui est le genre roi de la décennie, et de l’autre le phonk, dont les ramifications souterraines semblent infinies, fait les beaux jours de la scène underground.

– Jocelyn Anglemort


Discographie sélective

Voici une sélection d’albums et de cassettes dignes d’intérêt :

DJ Spanish Fly - Black Radio (2001)
Sorti en 2001, Black radio est en fait une compilation des meilleurs titres du DJ sortis pour la plupart à la fin des années 198O. On y retrouve le style sombre, poisseux et ultra novateur de sa musique. Complètement inconnu en dehors de Memphis à l’époque, DJ Spanish Fly est certainement un des musiciens qui a le plus influencé la musique d’aujourd’hui.
(Dirt Noze)


Koopsta Knicca - Da Devil’s Playground (underground tape 1994)
Sortie sur cassette en 1994 puis ré-enregistré en 1999, Da Devil’s Playground est probablement l’album ultime du genre et l’un des plus populaires et influents encore aujourd’hui. La voix unique, tamisée, légèrement chantonnante de Koopsta et les productions d’un Dj Paul au sommet de son art, donnent un album unique, menaçant et oppressant.
(Dirt Noze)


Lil Grim & Graveyard Productions - The Havoc (1994)
Cet album sorti en 1994 fait l’effet d’une ombre planant au-dessus de Memphis, laissant l’horreur s’infiltrer et la transformant en ville damnée. Dialogues avec le diable, magie noire et meurtres sont évoqués au travers de flows alternant entre rapides, plus traînants, voire chantés, sur des mélodies pour la plupart sombres, ou – plus rarement – à la limite de préfigurer le cloud rap. On y trouve le morceau Devil Shyt, pierre angulaire du genre, dont une partie des paroles ou le sample (The Highways of My Life des Isley Brothers) ont été repris plusieurs fois dans le phonk, que ce soit dans les 90s ou ces dernières années.
(Gho$tFrieza)


DJ Squeeky - Volume 9 (1995)
DJ Squeeky est certainement un des secrets les mieux gardés de l’histoire du rap. Il aurait posé, sur les bases de DJ Spanish Fly, les fondations du style « devil shyt », et aurait profondément inspiré la Three 6 Mafia. On lui attribue également la paternité de la Crunk, et l’homme n’a toujours pas de page Wikipedia. Volume 9 est une de ses K7 du début des années 1990 parmi les plus encensées.
(Dirt Noze)


Al Kapone - Da Resurrection (1995)
Légende souterraine de Memphis à la durée de carrière impressionnante, Al Kapone livre en 1995 son troisième album, dont la pochette directement venue d’un cimetière annonce d’emblée la couleur. Pendant 40 minutes, le Parrain de M-Town démontre ses talents de rappeur sur des violons sinistres et des pianos angoissants appuyés par moments par des basses et des sirènes g-funk, rappelant que la mort plane constamment dans le ghetto et qu’il n’hésitera pas à passer par le meurtre au premier degré et à enterrer ses ennemis, nous plongeant dans un véritable slasher urbain.
(Gho$tFrieza)


Children of the Corn - The Single (1995)
Cachés derrière leurs masques de hockey, les Enfants du Maïs ont aiguisé leurs faux et sont venus récolter des âmes pour le Diable. Ils sont accompagnés de boucles inquiétantes dissimulant voix, hurlements, ricanements et autres bruitages de films d’horreur, le tout fondu dans les souffles et les grésillements d’un enregistrement probablement fait la nuit au fond des bois.
(Gho$tFrieza)


Gangsta Pat - Deadly Verses (1995)
Un des meilleurs projets de Gangsta Pat, artiste talentueux et polyvalent, assurant quasiment tous les rôles sur cet album (rap, écriture, production, arrangements, guitare, basse, mixage...). Ses flows énergiques et rapides, détaillant les histoires du ghetto, viennent enrichir une production à mi-chemin entre l’influence de la Three 6 Mafia et le g-funk de la west coast, certains morceaux conservant la noirceur si chère à M-Town, d’autres étant beaucoup plus doux et ensoleillés. Malgré l’efficacité de son gangsta hardcore et un deal en major, Gangsta Pat n’est malheureusement resté une légende qu’à l’échelle locale et underground.
(Gho$tFrieza)


Immortal Lowlife - The Black Fortress (1995)
Originellement enregistré en 1994 et publié en 1996 sur cassette, puis ressorti en 2012 en version remasterisée et augmentée, The Black Fortress est un classique de la scène Devil Shyt. Le groupe, composé de Mr. Quicksta, Pimpminista et Mr. Sche (légende underground multi-casquettes et véritable entrepreneur à la carrière solo de plus de 25 ans), déroule pendant 45 minutes des histoires de rue passées aux filtres horrifiques, sur des beats sinistres et lo-fi, sorte de Dungeon Synth à la sauce Memphis appuyés de rythmiques de TR-808 et de basses que l’enregistrement rend grasses et caverneuses.
(Gho$tFrieza)


Ten Wanted Men - Wanted : Dead or Alive (1995)
Cet album incontournable de Memphis est le premier du groupe composé de Tommy Wright III, C-9, Princess Loko, Project Pimp, T-Dog et Womack Da Omen, dont la pochette annonce déjà la couleur : beats lo-fi concoctés par Tommy Wright, mêlant rythmiques de TR-808 et samples inquiétants et désarticulés, sur lesquels les différents rappeurs rivalisent d’ingéniosité en matière de flows variés pour évoquer homicides, drogue, vols à main armée et autres histoires sordides du ghetto.
(Gho$tFrieza)


Three 6 Mafia - Mystic Stylez (1995)
Avec ce premier album sorti en indépendant, les ex-Triple Six Mafia n’obtiennent pas, pour le moment, la reconnaissance au delà des frontières de leur État. Indiscutable classique, Mystic Stylez fourmille de basses brise-nuques, de samples hantés et de paroles inquiétantes que les jeunes phonkeurs continuent à disséquer en 2016.
(Jocelyn Anglemort)


Criminal Mafia - The Crucifixion (1996)
Si les membres de ce groupe aujourd’hui tombé dans l’oubli (Lil Russell, Lil Marlon, Lil Fred, Mac Keith, ainsi que Lamarcuzz aka Marco Dane à la production) ont débuté leurs activités aux alentours de 1992/1993, ce n’est qu’en 1996 avec la sortie de The Crucifixion qu’ils ont révélé leurs talents. L’album alterne entre morceaux lugubres composés de samples de films d’horreur et de jeux vidéo, et titres plus doux et aériens, flirtant avec le cloud rap.
(Gho$tFrieza)


DJ Sound & Frayser Click - Broken Halo (1996)
Projet notable d’un DJ légendaire de Memphis à la carrière longue d’un quart de siècle, entouré ici de la plupart des membres de la Frayser Click (Lil Yo, Nigga Creep, Mad Maine, Gangsta Gold, MC Money, Bloody Bones, Tha Weasel...). Samples angoissants ou mélancoliques, chopped hooks, voix ralenties et paroles gangsta lugubres : on retrouve ici la quintessence du devil shyt.
Un portrait complet de DJ Sound et de la Frayser Click par Jean-Pierre Labarthe, accompagné d’un mix de Jocelyn Anglemort, est à (re)découvrir ici.
(Gho$tFrieza)


Niggaz Of Destruction - Niggaz Of Destruction (1996)
Monument du devil shyt/gangsta du Memphis des années 90 et projet emblématique du genre, l’unique album du super-groupe Niggaz of Destruction (Tommy Wright III, Tom Skeemask, Project Pimp, Big Boy, Frezno, Jesse James, Lil Dex, Mac Kyle) est pourtant trop souvent méconnu.
L’atmosphère oppressante et poisseuse de l’album plonge l’auditeur dans la crasse des ruelles de Memphis, appuyée par un enregistrement semblant avoir été réalisé au fond d’une cave – probablement la même où les rappeurs jouent aux tortionnaires. Le ton nihiliste des paroles, évoquant violences, meurtres et vie de gangs, n’a d’égale que l’ambiance sombre des mélodies désaccordées et des synthés cheaps noyés dans les souffles et les grésillements, soutenues par des rythmiques de TR-808, le tout entièrement concocté par Tommy Wright III. Fondu dans ces productions, chaque rappeur apporte son style par des flows variés, se complétant entre eux et s’enchaînant la plupart du temps sans interruption. Le court album (32 minutes) s’achève sur un posse-cut mythique (Fugitive), assez avant-gardiste tant au niveau des flows que de son instrumental préfigurant le cloud rap.
(Gho$tFrieza)


Tommy Wright III – On the Run (1996)
Le 1-Man gang est un des personnages les plus iconiques de cette scène. Vrai voyou incarcéré à de multiples reprises, Tommy use de son fast flow et de paroles ultra-brutales pour laisser l’auditeur groggy, soufflé par la noirceur du projet. Rappeur idolâtré, souvent imité mais jamais égalé, ses projets sont aujourd’hui très recherchés par la nouvelle génération, atteignant des prix indécents sur les sites de vente en ligne.
(Jocelyn Anglemort)


The Kaze - Kamakazie Timez Up (1998)
Sur le meilleur projet de The Kaze (ou Killa Klan Kaze), K-Rock a été écarté au profit de Project Pat pour accompagner les deux autres membres MC Mack et Scan Man, ainsi que le bon nombre d’invités de la Three 6 Mafia et autres affiliés de Prophet Entertainment. Le ton est plutôt rapide et musclé, collant aux excellentes productions de crunk stressant et énergique (lorgnant par moments vers des rythmiques Néo-Orléanaises) signées DJ Paul & Juicy J. S’apparentant à un film de série B, Kamakazie Timez Up est un concentré de gangsta menaçant et grandiloquent peuplé d’histoires de règlements de comptes, de flingues, de drogues, de références au nazisme et teinté d’humour grinçant.
(Gho$tFrieza)


DJ Zirk - Underworld (2002)
Underworld est une sorte de compilation de DJ Zirk, légende de Memphis faisant partie de ceux qui ont forgé le devil shyt. Le projet regroupe certains titres de ses classiques Nuttin But Killaz et Looken for tha Chewin (1995/1996), tout en y ajoutant de nouveaux inédits enregistrés aux alentours de 2000/2002. On y retrouve, entre autres pépites, le morceau Lock Em in tha Trunk qui est un monument du genre, ayant popularisé autant la phrase du titre en tant qu’expression que les cloches de TR-808, tous deux étant encore utilisés dans le phonk actuel.
(Gho$tFrieza)


Krucifix Klan - Da Last Krucifixin (2006)
Krucifix Klan est un groupe composé de Lady Dead, Playa Rob, Stan Man et surtout Evil Pimp, membre le plus actif, talentueux au micro, auteur de quasiment toutes les prods et disposant d’une discographie solo imposante. Si le Klan est plus récent que les piliers de la scène horrorcore de Memphis (sa discographie commence réellement vers 2004), ses membres ont utilisé ce recul pour synthétiser tout ce que le devil shyt comporte (de DJ Zirk à Three 6 Mafia en passant par Graveyard Productions), en le poussant à son paroxysme. Les beats sinistres, lents et hypnotiques sont composés de basses lourdes, de snares qui frappent fort et de charleys galopants, auxquels s’ajoutent des mélodies horrifiques de pianos ou de cloches, fréquemment sur fonds de nappes de synthés et de chœurs hantés, sorte de cloud sombre et pesant. On assiste sur ces BO de films d’horreur à des démonstrations techniques (notamment dans les couplets d’Evil Pimp) avec des flows double time et triplet, oscillants entre rapides et nonchalants, tout en y ajoutant un ton monotone, inquiétant, semblant émaner d’un zombie (principes que l’on a déjà pu découvrir auparavant avec Lord Infamous et qu’on retrouve aujourd’hui chez les $uicideboy$). C’est avec cette aisance que les 4 membres déroulent leurs contes gangstas, faits de vie dans le ghetto, meurtres, violences, vols, armes à feu, drogue... le tout relaté comme dans un slasher mêlé de satanisme.
(Gho$tFrieza)


Lord Infamous - Legendary Hits (2012)
Compilation sortie un an avant la mort du légendaire Lord Infamous, cofondateur de la Three 6 Mafia, roi de l’horrorcore de Memphis et précurseur en termes de rap et de flows (avec Project Pat il est une influence majeure du rap actuel, ayant tous deux développé et popularisé les flows double times, triplets, ainsi que le rap chantonné). Le projet regroupe d’anciens morceaux (remasterisés) comme des plus récents, ainsi que des solos figurant sur des albums de Three 6 Mafia, permettant ainsi d’avoir une vue d’ensemble de sa discographie longue et bordélique.
(Gho$tFrieza)


À écouter aussi :
- 2 Low Key – Test My Nutz
- 3 Memphis Kniccas – Kill Em Dead
- 196 Clique – Crucifixes
- Al Kapone – Sinister Funk
- Blackout – Dreamworld
- Buckshot – Strapped With Them Thangz
- Crime Mafia – Evil Corruption
- Criminal Mafia – Tha Crucifixion 2
- DJ Paul & Juicy J – Vol. 2 : Da Exorcist
- DJ Paul & Lord Infamous – Come with Me 2 Hell
- DJ Zirk – Nuttin But Killaz
- DJ Zirk & 2 Thick – Lock Em in da Trunk
- Evil Pimp – Face the Terror
- Kingpin Skinny Pimp – King of da Playaz Ball
- Kingpin Skinny Pimp – Skinny But Dangerous
- La Chat – Murder She Spoke
- Lil Corb – Killa From da Northside
- Lil Fly – From Da Darkness of da Kut
- Lil Gin – Shake Junt
- Lil Jule – Ashes to Ashes
- Lil Noid – Paranoid Funk
- Lo Key – Test My Nutz
- Lord Infamous – Lord of Terror
- Lord Infamous – Solo Tape
- Low Down Da Sinista – Coming For Your Soul
- Manson Family – Heltah Skeltah
- Mr. Sche – Dark, Buck & Crunk
- Mr. Sche – Devil Haze
- Mr. Tinimaine – 19-Tini-5
- Mr. Tinimaine – Memoirs of tha Leprakhaun
- Nigga Creep – Demons Taking Over Me
- Player1 & Bloody Bones – Crimerate Skyhigh
- Prophet Posse – Body Parts
- Riverside Click – Runnin In Da Wind
- The Holocaust Click – The Holocaust Click
- Tom Skeemask – Solo Tape
- Tommy Wright III – Ashes 2 Ashes, Dust 2 Dust
- Tommy Wright III – Runnin-N-Gunnin
- Triple 6 Mafia – Smoked Out, Loced Out
- Triple 6 Mafia – Underground Vol.1 1991-1994
- Womack The Omen – Book of the Dead

Artwork : Dirt Noze



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