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Mixes/Compilations

Lord Infamous, l’épouvantail du Tennessee

Les 10 meilleures tracks

Lord Anonymous, le 4 décembre 2017

Une sélection fine des meilleures chansons du rappeur de la Three 6 Mafia.

Il y a bientôt quatre ans, Lord Infamous nous quittait dans l’indifférence quasi-générale. Depuis, on aime mentionner son nom quand il s’agit de retracer les influences, directes ou non, de rappeurs de Floride ou d’Atlanta, sans jamais s’attarder sur l’ensemble de son œuvre.

Contrairement à ce que beaucoup pensent, DJ Paul n’était pas à l’initiative de la reformation du groupe avec Da Mafia 6ix. Lord Infamous avait tenu, peu avant sa mort, à réunir tous les membres pour une nouvelle épopée. Malgré son absence, Juicy J exprimait quant à lui son amour pour ses anciens compagnons, de quoi laisser présager un retour qui rappellerait les plus grandes heures de leur histoire. Malheureusement, la mort du principal instigateur de ce projet coupera court à toute illusion. Cette disparition ne permettra malheureusement pas de souder les liens qui unissent les éléments restants, Gangsta Boo quittera alors l’aventure après une énième friction avec DJ Paul. Avec la mort de Koopsta Knicca et l’incarcération de Crunchy Black, le producteur névrosé est alors condamné à reprendre sa route en solitaire. La Three 6 Mafia est définitivement morte au moment où Lord Infamous nous a quittés. Les derniers espoirs se sont envolés en même temps que sa disparition.

Ce classement se concentre uniquement sur les performances solos de la discographie de Lord Infamous. Il exclut donc sciemment tous les morceaux mythiques de groupe (Tear Da Club Up, Late Nite Tip, Fuckin With Dis Click, Tongue Ring...), essayant ainsi de s’étaler sur la plus large période possible, du début des années 1990 jusqu’à sa mort.

PS : La position des trois premiers est tellement difficile à déterminer qu’on pourrait finalement admettre qu’ils mériteraient de terminer premiers ex-æquo.


10. No Love

Le parcours en solo de Lord Infamous est fait de hauts et de bas. Le rappeur a traversé des sentiers sinueux quand DJ Paul et Juicy J jouissaient d’une côte de popularité presque toujours aussi constante. Sa carrière solo s’est terminée dans l’indifférence quasi-générale avant de retrouver un soupçon d’éclat quand la Mafia s’est reformée sous l’appelation Da Mafia 6ix. Paradoxalement, cette reformation a presque mis sous le silence les derniers projets du Scarecrow passés au second plan, à l’image de Voodoo, sorti en pleine promotion de 6ix Commandments. No Love est un des derniers morceaux du dernier album solo de Lord Infamous, qui trouvera la mort deux mois plus tard, laissant derrière lui un riche héritage trouvant écho dans ce refrain qui n’est autre qu’un passage de son couplet sur le titre Smoked Out de l’album CrazyNDaLazDayz des Tear Da Club Up Thugz.


09. Triple Six ClubHouse

CrazyNDaLazDayz est une sorte de projet annexe aux activités de la Three 6 Mafia où DJ Paul, Juicy J et Lord Infamous se relaient sur un son bien plus brut que celui du groupe à cette période. Les trois fondateurs historiques du groupe enchaînent les pistes avec virulence, accompagnés d’une large palette de rappeurs de tous les horizons : les Hot Boy$ et Birdman, Too $hort, Spice-1 et consorts sont conviés à venir danser sur les rythmiques agressives des sons du Tennessee. Triple Six Clubhouse est aussi présent sur l’album Body Parts du Prophet Posse.


08. Beatin These Hoes Down

"My brother has always said don’t have no mercy on these hoes"

La voix de 8Ball reprise en guise de refrain correspond assez bien à l’état d’esprit de Lord Infamous, souvent impatient quand il s’agit des femmes et peu enclin à ouvrir le dialogue quand ces dernières font ce qu’il considère être des caprices. Le côté pimp des membres du groupe n’est, à raison, pas aussi mis en avant que celui de leurs homologues 8Ball & MJG mais existe de fait puisqu’il est ancré dans la culture de la ville. Le Tennessee, terre promise du proxénétisme.


07. 187 Invitation

DJ Paul prenait un malin plaisir à refourguer les clés du camion à un Lord Infamous en roue libre sur leurs tapes communes. La mort devient une invitation et Ricky Dunigan se distingue par ses qualités d’hôte. Qu’importe que le tapis soit taché et que le sang éclabousse les murs, c’est Scarecrow qui régale. Le titre sera repris près de 20 ans plus tard en featuring avec Lil Wyte.


06. 1000 Blunts

La recette est simple, du moins quand on s’appelle DJ Paul. Juicy J et lui ont souvent pioché dans leurs propres morceaux pour en faire de nouveaux, mais 1000 Blunts n’est au fond qu’une variante du titre Smoke A Sack. Il suffit de bribes de phrases de Lord Infamous et une boucle éternelle alimentée par d’autres samples vocaux pour que la magie opère sur un morceau qui ressemblerait presque à un interlude, finalement. Ce titre représente finalement tout un pan du savoir-faire des deux producteurs qui ont rendu certaines de leurs boucles lancinantes cultes et si évidentes pour nous aujourd’hui quand il est question d’évoquer la Triple Six Mafia.


05. Theez Hoes (feat. La Chat)

The Man, The Myth, The Legacy est sorti à une période charnière de la carrière de Lord Infamous. À cette époque, il sort de prison et n’opère dorénavant plus sous l’étendard Hypnotize Minds. Ses premiers pas en solo se feront sous l’égide du Black Rain créé avec II Tone. Le Scarecrow doit s’adapter et réussit plutôt bien son premier essai qui amorcera les prémices d’une deuxième partie de carrière bien plus intimiste. De cette aventure est né le titre Theez Hoes, sur lequel La Chat vient appuyer le phrasé de son camarade du « South Memphis » dont le rapport à la femme est plutôt direct.


04. South Memphis

Il est amusant de s’imaginer le « South Memphis » représenté chacun à leur manière par Young Dolph et Lord Infamous comme les deux facettes d’une même pièce : l’un poussant l’éthique buck de la ville à son maximum quand l’autre s’engouffre dans un devil shyt démentiel. Les deux titres ont beau être très différents, leur complémentarité dépeint pourtant à merveille la musique d’où les deux hommes sont issus, à des périodes différentes.


03. Damn I’m Crazed

Esthétique vaudou, magie noire, envoûtement, rituel et bûcher... Le King Of Horrorcore porte magnifiquement son nom. C’est en partie ce son qui a fait la réputation de Scarecrow, lui qui influe encore aujourd’hui sur les jeunes générations d’obscurs rappeurs qui sévissent sur les SoundCloud, BandCamp et autres diffuseurs de musique en ligne. La version k7, bien qu’inécoutable pour certains, est sublimée par la crasse assourdissante qui se dégage des basses étouffées du morceau. Pour les moins tolérants, une version remasterisée est sortie quasiment deux décennies plus tard. DJ Paul a même remixé le titre dans l’une de ses dernières mixtapes où il s’immisce dans le dernier couplet.


02. Anyone Out There

Juicy J expliquait avoir travaillé le morceau de telle sorte qu’il retranscrive au mieux l’univers de Scarecrow. En élaborant Chapter 2 : World Domination, les deux producteurs du groupe savaient pertinemment qu’il leur fallait un nouveau morceau solo de l’épouvantail, le seul capable d’apporter cette touche si particulière au projet dont il a le secret. Ce privilège lui permettant de s’exprimer davantage s’est transformé en moment de grâce dans ce qui est, on peut le penser, certainement le meilleur album de la Three 6 Mafia. Si DJ Paul et Juicy J avaient pu produire un album entier de Lord Infamous, il ne fait aucun doute qu’il aurait ressemblé à ce titre.


01. Where’s Da Bud

Les premières versions de ce morceau ont erré pendant presque 4 ans dans des k7 du groupe avant de trouver leur forme définitive sur l’album Chapter 1 : The End. Where’s Da Bud est assurément la chanson la plus populaire de Scarecrow. Le morceau et son hypnotique mélodie engourdie a été jumelé à un clip sorti à l’occasion du remastering d’une des mixtapes phares de DJ Paul, en décembre 2013. Ce sera d’ailleurs l’ultime apparition de Lord Infamous en vidéo, comme si une boucle se bouclait.


Comme un dernier adieu à leur compagnon de toujours, DJ Paul et les siens ont emmené le corps du roi dans son cercueil avec eux pour une dernière tournée aux Etats-Unis afin d’immortaliser ces derniers moments à passer en sa compagnie, rendre hommage à une figure emblématique partie définitivement et fêter ce départ avec les fans, de quoi accroître encore un peu plus la légende du bonhomme dans le paysage rap de Memphis dont l’aura s’étendait à de bien plus larges horizons. Promener le corps dans un homme mort dans son cercueil pourrait en gêner plus d’un, mais quand il s’agit de Lord Infamous ça en devient presque beau.

Lord Infamous aura finalement connu la fin qu’on imaginait tous. La mort était l’image la plus sincère de ce que pouvait représenter la vie de Ricky Dunigan. Entre problèmes de drogue et tentatives de suicide, la vie de Dunigan a été d’une souffrance permanente, celle d’un homme malade que la mort a peut-être permis de soulager avec, à la clé, un voyage dans les abysses éternels. RIP.


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