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Chroniques

$uicideboy$ Eternal Grey

La vie est éphémère, la mort est éternelle.

Mugen le druide, le 13 décembre 2016

L’approche de l’hiver est le moment idéal pour se plonger corps et âme dans Eternal Grey, le dernier projet des $uicideboy$.

Après le très solide EP Radical $uicide qui n’avait pour seul défaut que sa courte durée de vie, on attendait les deux cousins sur un nouveau long format et c’est désormais chose faite. La recette n’a pas vraiment évolué, avec un discours toujours aussi radical et une fascination maladive pour la mort, mais la réalisation a quant à elle encore gagné en efficacité.

Comme un écho à Break Da Law ’95, le titre présent sur Mystic Styles, l’album culte de la Three 6 Mafia, Breakdalaw2k16 fait office d’introduction, et sera aussi l’occasion d’inviter Pouya. Une association toujours efficace, qu’on retrouvera très bientôt avec leur projet en commun à venir : $outh $ide $uicide 2.

Sur Say Cheese and Die, $crim est allé piocher quelques lignes de Spice-1 sur Born II Die pour en faire un refrain bien violent. Bonne nouvelle, on assiste au retour de titres empreints d’une ambiance plus cloud que les cousins semblaient avoir délaissée depuis quelques temps. Les belles fulgurances dans l’écriture d’un morceau comme Eclipse ou la mélancolie de Ruby sur le dépouillé Lucky Me amènent un peu de variété à l’ensemble, même si ce ne sont que de petites bulles d’air noyées dans une étouffante fournaise.

« I got gorillas that surround me, bitch, I’m Caesar.
They know what I’m about, that boy out the south, forever I’m grieving »

C’est avec Chariot of fire que la mixtape bascule dans sa partie la plus sombre. Petit diamant de production, la prod met en place une atmosphère angoissante grâce à un violon et une voix qu’on croirait tous deux sortis d’un film d’horreur des années 1990. $crim ouvre le morceau avec un timbre de voix d’une noirceur inimitable en marmonnant lentement comme un gourou s’adressant à ses fidèles. Ses cordes vocales abîmées rappellent par moment celles du légendaire Hot Boy BG (#FreeBG) avec lequel il a un point commun. Tous les deux ont eu des problèmes d’addiction à l’héroïne, véritable fléau dans les rues de Louisiane.

L’ambiance malsaine grimpe encore un palier avec une expérimentation musicale explosive I want to believe. Un titre qui bascule dans une sorte de folie démoniaque incontrôlée, comme si le diable lui-même s’amusait avec ses marionnettes favorites, transformant les voix des deux rappeurs en véritables cris de tortures. Parfaitement inécoutable pour la plupart, banger ultime pour d’autres : on aime ou on déteste. Ce morceau ayant autant de lien avec le métal qu’avec le rap, il est par essence très clivant. À l’heure actuelle, peu d’artistes sont capables de faire un tel rapprochement avec autant de brio. On pense a Bones, précurseur en la matière avec des titres comme GladWeHaveAnUnderstanding ou RestInPeace mais aussi à Ghostemane.

« Fuck the fame, I just want the change.
Fuck a name, I just want a grave »

Baignant dans un épais brouillard gris, le morceau Uglier brille lui aussi par son ambiance sombre et quelques lignes biens agressives. Avec sa voix reconnaissable aux premiers mots, c’est Da$h et son fameux « yeah so » qu’on retrouve à la fin du titre, lâchant un dernier couplet bien efficace.

« Do crimes, stack cheddar.
Whole rank, nothing better.
Shoot first, ask never »

Les différentes collaborations du groupe sont d’ailleurs toujours synonymes de qualité et Eternal Gray n’échappe pas à la règle : la présence de Chris Travis sur le violent Water $uicide et celle de Yung Simmie sur 275 $uicide le prouvent bien. Mais s’il y a bien une collaboration à retenir ici, c’est celle avec Denzel Curry sur Ultimate $uicide. Un véritable brasier d’un peu moins de trois minutes, que le rappeur de Carol City marque au fer rouge avec un couplet meurtrier. Le genre de morceau qui pousse à fantasmer d’un projet entier aux cotés du jeune Floridien tant l’alchimie est efficace. Au passage, le morceau Narcotics sur l’album Imperial vaut lui aussi son pesant d’or.

Élément central dans leurs productions , les samples de voix parsèment la majorité des titres du projet. Sur It’s Hard To Win When You Always Lose c’est un bout de Purple Coming In de Future qu’on retrouve en guise de pont, nous rappelant l’excellent I Think I’m Ian Read.

Eternel Grey est une parfaite carte de visite montrant l’étendue du talent des $uicideboy$. Des sonorités macabres confectionnées avec minutie, des textes toujours aussi froids, une haine viscérale prête à exploser à chaque instant et la vision désabusée d’un monde qu’ils voient noyé dans la grisaille. Le tout délivré avec une impressionnante variété de flows et des choix de samples judicieux. Véritable architecte sonore, $crim (sous son alter ego Budd Dwyer) prouve encore avec ce projet qu’il est un producteur ultra talentueux, capable de fabriquer sur mesure différentes palettes d’ambiances qui façonnent l’image du groupe. Ruby semble quant à lui s’affirmer en lorgnant de plus en plus vers son côté punk.

Les ambiances mornes et monochromes sont quasiment devenues la norme pour une partie grandissante de la scène underground. Et même si les $uicideboy$ sont arrivés sur un terrain déjà bien pavé par le Raider Klan et la Team Sesh, ils s’immiscent aujourd’hui parmi les meilleurs fers de lance du mouvement « phonk », véritable genre à part entière.

$carecrow et le 7th Ward Dragon sont donc de retour en studio après une tournée bien remplie et l’année 2017 promet d’être au moins aussi fournie que celle qui vient de s’écouler. Sur le grill : $outh $ide $uicide 2 avec Pouya, Dirtier Nastier Suicide avec Germ, I no longer fear the razor guarding my hell III ( prévu pour le 17 décembre) et Water $uicide avec Chris Travis.

- $crim sur Twitter
- Ruby Da Cherry sur Twitter
- $uicideboy$ sur Bandcamp



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