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Focus

SwampDiggers’ Awards 2016 (Part. 2)

La sélection annuelle de la rédaction

La rédaction, le 28 décembre 2016

Nos alligators se sont réunis pour célébrer l’année 2016.

Les awards 2016 (deuxième partie)

Et voici nos combattants suivants, toujours classés par ordre alphabétique.

- Accéder à la première partie


Ka - Honor killed the samurai

Award du meilleur hommage au bushido

A une époque où l’outrance est de rigueur, le caractère humble de l’album et des textes de Ka contraste plus que fortement avec la plupart des sorties du moment. Honor Kill the Samurai est en effet un disque froid et réfléchi, doté de productions minimalistes tranchantes (où, à l’instar d’un Daringer, les éléments rythmiques sont plus qu’effacés) qui reflète le conflit intérieur permanent d’un homme entre l’harmonie à laquelle il aspire et les démons de la street-life, le détournant sans cesse des préceptes du Hagakure. Là où le samurai cherche à privilégier une quête de connaissance sur une quête matérielle, le rappeur-producteur de Brownswood dresse un triste constat où le besoin de survie et son mode de vie associé l’emporte le plus souvent sur les instincts les plus louables. Empreint d’un fatalisme profondément mélancolique, comme un regard amer sur les aspirations passées, le rappeur à mille lieux de sa première vie avec le groupe Natural Elements, conserve un optimisme même réaliste, conscient que tous les espoirs ne sont pas encore fanés. (Tis)


Kevin Gates

Award du bayou avec une plume

Originaire de Baton Rouge en Louisiane, Kevin Gates est un des plus dignes représentants du sud profond et moite. S’il rappe depuis plus de dix ans, c’est en 2013 que sa carrière a réellement décollée avec la sortie de la mixtape The Luca Brasi Story, pour prendre encore davantage d’altitude en cette année 2016 avec la sortie de son premier album Islah (suivi rapidement de la tape Murder For Hire 2). Étonnamment, le rappeur semble cependant demeurer presque underground et d’une certaine manière assez confidentiel (notamment en France), malgré les très bonnes ventes de ce disque et les centaines de millions de vues qu’engendrent la plupart de ses clips sur Youtube.
Avec sa voix rocailleuse gorgée de sirop contre la toux, Kevin Gates jongle dans ses textes entre états d’âme et sentiments en tous genres d’un côté, et vie de gangster confronté à la dureté de la rue de l’autre, le tout de la manière la plus sincère possible. Il expose ainsi la dualité d’un homme déchiré entre un passé de hors-la-loi luttant face à ses vieux démons (notamment une addiction prononcée à l’héroïne), et un futur plus radieux, fait de spiritualité et de réussite. Et souvent, comme The Jacka a pu le faire avant lui, il évoque la vie de gangster dans ses paroles non pas pour la glorifier mais plutôt pour en montrer l’envers et constater que le recours aux activités illicites et à leur immoralité est parfois plus contraint que choisi, et surtout, laisse des traces.
Sa sensibilité à fleur de peau, presque d’écorché vif, passe autant dans ses textes que dans ses cordes vocales. Car tel un bluesman (ou tel Z-Ro), Kevin Gates chante avec les tripes, et n’a pas son pareil pour jouer de son timbre de voix et le faire varier suivant les émotions transmises, le plus extraordinaire de sa palette étant celui au grain rugueux et usé par la vie.
Mis en scène et servi par un charisme hors-norme, son rap a en partie pour vocation de servir de thérapie, aussi bien pour lui-même que pour l’auditeur. Il transforme ainsi son vécu, ses cicatrices et son parcours chaotique en force et en motivation pour affronter la vie.
Actuellement derrière les barreaux pour une énième fois depuis ses 13 ans, Kevin Gates devrait retrouver l’air libre et moite des bayous de Baton Rouge d’ici la fin du mois d’avril 2017.(Gho$tFrieza)
#FreeGates


Kodak Black

Award du rappeur dont le dentiste est meilleur que l’avocat

Si l’année judiciaire mouvementée de Kodak Black l’a peut-être freiné et empêché d’être aussi productif que beaucoup de rappeurs, il n’en demeure pas moins qu’il a lâché en juin Lil B.I.G. Pac, un des meilleurs projets de l’année, et qu’il est apparu en featuring sur le tube Lockjaw de French Montana, qui l’a davantage révélé au grand public. Le jeune floridien, dont les origines haïtiennes se ressentent, semble pratiquer un rap intemporel, tissant des liens entre les années 90 et 2010, que ce soit au niveau des textes, des flows et de la voix, ou encore du choix des productions. Ainsi, les influences de ses ainés se ressentent, Lil Boosie en tête. Comme ce dernier, Dieuson Octave est maître dans l’art de se livrer, de faire passer des émotions liées à son vécu et d’écrire des textes introspectifs, qu’il prêche même d’une voix pleine de similitudes. Comme Boosie, il refuse également la fatalité et brave les multiples obstacles avec son sourire rempli d’or et son charisme imposant. Il y a quelque chose dans le rap de Kodak Black qui fleure bon le sud crasseux, mi-rural, mi-urbain, comme ça a pu être le cas avant lui dans le country rap tunes des texans d’UGK ou dans les récits autobiographiques poignants de Scarface. Mais s’il excelle pour évoquer les injustices, les inégalités sociales et les violences policières dont est victime la population noire dans les contrées pauvres du sud des États-Unis, il alterne également régulièrement avec des sujets plus légers, voire festifs, mettant en scène un langage très imagé (même si – désolé Dieuson – E-40 utilisait le terme "broccoli" bien avant qu’il ne soit né), scandé avec son accent lourd et son argot de petit gars du sud, caractéristiques qu’il partage avec le Gucci Mane des débuts, une autre de ses influences majeures. Même si tous ses projets sont d’excellente facture, Lil B.I.G. Pac est sans doute sa mixtape la plus maîtrisée et la plus mature. Les titres les plus marquants se trouvent peut-être dans le premier tiers du projet (où l’on retrouve d’ailleurs les featurings de Boosie et Guwop), et lorsque l’on écoute le morceau Can I, il est impossible de ne pas avoir des frissons devant ce bijou brut rempli d’âme où le très jeune rappeur constate que, parti de rien, il a fait du chemin, et se demande déjà à son âge s’il peut s’accorder du repos et s’il vivra assez vieux pour voir ses enfants grandir. Il reste à espérer que Kodak Black mette un frein à ses transgressions des lois et que ses démêlés avec la justice n’entravent pas trop sa carrière comme cela a pu être le cas pour de nombreux rappeurs. En somme, qu’il cantonne ses influences de Gucci Mane et Lil Boosie au domaine musical. (Gho$tFrieza)


Lil Peep x Nedarb Nagrom - California Girls EP

Award de la mixtape à écouter tout seul, dans sa chambre d’adolescent, pendant un week-end chez les parents

Après un démarrage sur les chapeaux de roue en 2015, Cry Baby et Hellboy, les 2 gros projets de Lil Peep sortis cette année, nous ont déçu. Ils étaient bien trop lisses et si un des intérêts de Peep est d’être à l’équilibre entre rap et chant, il penchait un peu trop sur ces albums vers le chant, pour se rapprocher d’un emo-rock adolescent peu réjouissant. Parallèlement à ces sorties, Lil Peep a cependant continué de sortir régulièrement des singles ou des petits projets bien plus curieux et intéressants, comme ce California Girls EP, réalisé en collaboration avec le producteur au patronyme zorglandais Nedarb Nagrom, et dont tous les morceaux sont des joyaux d’émotions et de bizarrerie. L’alchimie entre le jeune rappeur dépressif et le producteur moustachu fonctionne très bien. (Dirt Noze)
- Lire notre portrait de Lil Peep et télécharger notre compilation


M-O-R-S-E - n i g h t f a l l c o l l e c t i o n

Award de la mixtape à écouter dans les chiottes d’une boite juste après s’être fait minablement larguer dans le fumoir

Voilà un objet des plus étranges, et pourtant solidement ancré dans l’esprit 2016. Avec sa mixtape ’n i g h t f a l l c o l l e c t i o n’, M-O-R-S-E nous offre un projet agréablement cohérent dans sa mélancolie, bien qu’en partie composé de collaborations passées de l’artiste, qui avaient été laissées en stand-by. Ses 43 tracks (tous accompagnés d’une vidéo) nous offrent pas loin de 3 heures de musique, appuyées par 28 collaborations (de King Doudou à Lauren Auder en passant par OKLOU). Parfois M-O-R-S-E produit. Parfois il écrit. Parfois il interprète. Parfois il cumule. Ce projet, c’est une sorte de monde parallèle, qui consisterait en un gros nuage où les cordes vocales sont naturellement autotunées, où 808s & Heartbreak est le modèle de référence de toutes les écoles de musique, et où le seul intérêt des discussions consiste à parler de son ex. Et la porte d’entrée de ce monde - qui se rélève être des plus plaisants - est en libre accès ici. (Napoléon LaFossette)


Nef The Pharaoh - Mistletoe

Award du meilleur chant de noël

Depuis son éclosion avec l’excellent Big Tymin, Nef The Pharaoh n’a pas chômé. Plutôt que de surfer sur la vague d’un certain succès mainstream et de se perdre dans la surproductivité ou les feats hasardeux, le natif de Vallejo semble avoir profité de cette opportunité pour affiner son style et ses capacités à délivrer régulièrement ce genre de banger totalement infectieux. Épaulé par l’excellent Ryan Hemsworth, très actif cette année (avec les jeune Slimes de l’écurie YSL ou encore le rappeur-cavalier de Chicago Adamn Killa, cf.ci-dessus), il revient mettre tout le monde d’accord après une année dèja productive : le délicieux projet commun avec Cardo, le très bon Fresh Outta Space 3 un peu inaperçu et deux potentiels hits eux aussi relativement peu remarqués (Mobbin et Everything Big).
Nef aime parler de cochonneries quand il rappe (et il le fait particulièrement bien), sur une instrumentale chaude et précise, il le fait encore mieux. Climax sur le second couplet quand il commence à singer les traditionnelles cantines de Noël dont il corrompt avec une facilité déconcertante la naïveté enfantine pour en faire un guide explicatif du sexe facile, une sorte de tuto-thot en somme.
Vous vous demandiez pourquoi le gui à Noël ? Maintenant vous savez. (D.Kleinfeld)


Que – The DogFather

Award du rappeur qui se déplace en silence comme les lasagnes

A moins de vivre dans une grotte ou dans les Vosges, impossible de ne pas s’être cassé la nuque en 2014 sur le titre OG Bobby Johnson (ou l’un de ses très nombreux remix) performés par le tout jeune rappeur d’Atlanta Que. Révélé par l’excellent Forbes Atlanta en collaboration avec Sonny Digital, Que multiplia ensuite les projets pour ne pas s’enliser dans un statut de one hit wonder avec des mixtapes de qualité mais pas inoubliables, à l’image de son premier projet de 2016 Lost Dawg, agréable, mais une nouvelle fois trop générique et rapidement noyé dans le flot de sorties estampillées trap.
A contrario, avec The DogFather Que a peut-être enfin trouvé sa recette : pas de gros noms à la production mais des seconds couteaux très appliqués (Traumatone, GT de Ear Drummers), pas de featurings clinquants (mention spéciale tout de même pour Tracy T et son couplet très gunplay-esque), format réduit (seulement 8 morceaux) et ton bien plus mélancolique. Avec ses balades autotunées, il se pose comme une version « voyou » et mordante de ILoveMakonnen, racontant à la fois la douleur nécessaire à la réussite mais aussi la satisfaction que l’on ressent une fois au sommet. Que ne sera sans doute jamais la star planétaire que ses débuts pouvaient annoncer, espérons plutôt que les royalties de OG Bobby Johnson financent une tonne de projets de cette qualité. (Jocelyn Anglemort)


Rae Sremmurd - Look Alive (Live On The Tonight Show)

Award "Rap Game Laurent Ournac 2016"

Comment ne pas aimer Rae Sremmurd tant les frères Brown ont atteint le summum du cool en 2016 ? Deux gamins capables de figer la planète sur un couplet de Gucci Mane (#MannequinChallenge, vous n’avez pas pu passer à côté) et d’écraser le Billboard Hot 100 avec un morceau intitulé Black Beatles. Deux gamins dont l’un, Swae Lee, engendre - involontairement lors d’un concert à Coachella - le refrain du tube Formation de Beyoncé, accessoirement élu morceau de 2016 par le magazine Rolling Stone.
Climax de cette année où tout leur a réussi, ce passage chez Jimmy Fallon pour interpréter l’un des meilleurs morceaux de l’album SremmLife 2, Look Alive. Dans une configuration plutôt simpliste et malgré un horripilant DJ-beuglard, la prestation est irrésistible, notamment grâce à Slim Jimmy qui nous gratifie de pas de danse d’un autre monde. Des mouvements à reproduire pour toujours et dans toutes les soirées, du pot de départ en retraite à la plus obscure rave party en forêt. (Jocelyn Anglemort)


Ramriddlz

Award de l’artiste ayant le plus inspiré les charts en 2016

L’histoire commence à l’été 2015 quand le jeune Ramriddlz sort Sweeterman, un hymne au sexe et à la fête aux forts accents dancehall. Subtile mélange de RnB et de sonorités jamaïcaines, il n’en fallait pas plus pour que Drake s’approprie le morceau qui comptabilise aujourd’hui plus de 15 fois plus de vues que l’original. Et cette vibe si particulière qu’a su créer le jeune égyptien c’est Drake et d’autres artistes qui ont su en profiter en cette année 2016, Work de Rihanna, Not Nice de Party Next Door ou encore Controlla et One Dance de Drake... Autant de morceaux qui n’aurait jamais pu exister sans l’influence de Ramriddlz. Alors rendons à Ramy Abdel-Rahman ce qui lui appartient. (Oscar Courvoisier)


Riski Metekson et le 26 de chaque mois

Award du meilleur EP de rap français non sorti en 2016

Dégoûté par tous ces matchs arrangés par des promoteurs véreux qui l’ont laissé sur la touche, la rumeur courait que l’éternel outsider Riski Metekson avait remisé ses gants au clou. Ce dernier avait tout pour briller et ses derniers éclats ne manquaient pourtant pas de panache, cependant, alors qu’il avait tout pour affronter les poids lourds et décrocher la timbale, il avait disparu (pour un temps) des rings. Depuis le début de la saison, on l’a malgré tout aperçu ici ou là, pour des apparitions éclairs plus que réjouissantes. En effet, si notre champion de l’ombre a quitté les circuits de la ligue officielle, il n’a pas arrêté de combattre dans les arrières-salles ou les impasses mal éclairées. Et si on met bout à bout tous les singles que le Fils de Metek nous a livré sur son Bandcamp depuis le début de l’année, de 21 à Sur le sable en passant par Capitaine et 26 (soit sept titres), on tient certainement un des meilleurs EP de 2016. (Dirt Noze)


Schoolboy Q - Blank Face LP

Award du meilleur disque sorti cette année chez TDE

En lice pour un grammy award du meilleur rap album - vraisemblablement mérité au vu des autres nominés -, Blank Face LP est un album complet et homogène malgré la diversité des thèmes abordés et des producteurs aux manettes instrumentales. A la fois gangsta, introspectif, mélodieux, Schoolboy Q s’inscrit dans cet héritage west-coast tout en dévoilant un univers musical en pleine expansion et s’affirme à nouveau comme une valeur sûre du label Top Dawg Entertainment. Déjà évoqué cet été, cet album devrait continuer de faire parler de lui dans les tops de fin d’année. (Tis)


Shy Glizzy - Yung Jefe 2

Award de la meilleur suite

On n’a pas beaucoup parlé de Shy Glizzy cette année, il a pourtant sorti un des mixtapes les plus réussies de 2016.
Sur Yung Jefe 2, le boss du Glizzy Gang a gagné en maturité. Davantage établi, il explore un univers musical assez différent de celui auqel il a été associé du fait de son plus gros hit, Awwsome.
Ce n’est pas la première fois qu’il expérimente ce genre de sonorités plus vaporeuse et mélodieuse : des morceaux comme Guns & Roses ou dans un autre registre Funeral, préfigurent très bien le type de sons vers lesquels s’est tourné le natif de DC sur Yung Jefe 2 : plus de samples, plus d’ambiances aériennes et nuageuses.
La musique de Glizzy est tantôt célébrative, tantôt empruntée d’un certaine mélancolie, et d’une dimension ici plus introspective que sur ses anciens projets. Bien entendu, elle reste une peinture des rues et des clubs de DC : prospérité et misère, violence, drogues, espoirs et désillusions. Le jeune chef est à un stade de sa carrière où il touche du doigt le succès mainstream tout en demeurant témoin de la Hoodlife qu’il a connu.
Ce projet est sans nul doute le meilleur projet de Shy Glizzy en ce sens qu’à la différence de ses autres sorties, il témoigne d’un véritable parti pris musical, de la mise en place d’un univers sonore qui lui est propre.
Contrairement au premier volume ou à sa série LAW, cette mixtape ne laisse pas vraiment de place à l’inutile, le natif de DC semble avoir pris conscience de ses qualités et de ses lacunes et il en joue à merveille. Alors qu’il pouvait paraître en perte de vitesse, celui qui s’était fait connaître en s’attaquant à Fat Trel et Chief Keef sur leurs propres morceaux est bien loin de ces enfantillages et prend un tournant intéressant avec ce projet... 2017 sera l’occasion de confirmer. D.Kleinfeld


Solange – A Seat at the Table Chopped & Screwed

Award de l’album ultime de great black music ralenti

De Beyoncé à Rihanna, en passant par Frank Ocean, on aurait dit qu’en 2016 toutes les stars de la pop ont cherché volontairement à sortir l’album ultime de great black music. Chacune avec son style et ses penchants ont sorti des albums aux concepts forts et qui tentent de renouer d’une façon ou d’une autre avec la grande histoire de la musique afro-américaine. À ce petit jeu, Solange, avec A Seat At The Table, est certainement la grande gagnante, en sortant par surprise un album ultime : profond mais léger, introspectif et universel, moderne tout en restant très référencé dans l’histoire du genre. Composé en grande partie avec Raphael Saadiq, on y croise le rap, la soul, le jazz et le blues sans aucun accroc et la dureté du fond se confronte à la douceur de la forme. Enregistré en Louisianne, dans la ville où vivait sa grand-mère, l’album de Solange souhaite ainsi renouer avec ses racines et se questionner sur ce que c’est que d’être une femme noire dans le sud des États-Unis. Et qui d’autre serait plus à sa place, comme mentor dans ce travail de mémoire, que l’incroyable Master P, soit un des symboles les plus radicaux et controversés de la réussite noire dans le contexte du sud des États-Unis. (Dirt Noze)

Et pour se souvenir que Solange est originaire de Houston on écoutera avec plaisir la version chopped & screw de l’album par DJ Auditory : A Seat at the Table Chopped & Screwed - DJ AudiTory


Soudiere & NxxxxxS

21 Chevallier et Dirty Laspalès

D’un côté, on trouve Soudiere, membre du groupuscule PurplePosse évoluant dans un registre trill/phonk léché et mélodieux, bien installé entre Lil Ugly Mane et DJ Smokey. On lui doit pour 2016 3 EP aussi inattendus que délicieux : PIRELLI VOL1, PIRELLI VOL2 et LIFE EP.
De l’autre, NxxxxxS, fer d’un lance d’un courant vaportrap ou vaporwave (pour le citer) et producteur de l’une de nos chouchou de l’année, Taha, avec qui il emmène le Rnb vers des chemins encore inexplorés. Rajoutons à son actif le recueil d’instrumentales Special Intervention et quelques remix incroyables (notamment ce Phone Talk de Robb Banks rongé jusqu’à l’os chez Swampdiggers), autant dire qu’il a bien occupé l’espace en 2016.
Ce qui les unit ? Des influences sudistes (plus UGK que IAM hein), une banque de samples illimitée, les mélodies rétro, l’amour des voix dépitchées et des bass XXL pour enfoncer les portes du club. Leur force, c’est le brassage des influences et des éléments (du disco, de la funk ou du jazz dissous façon trempette dans le chopped & screwed et les kicks de 808) pour alimenter nos playlists variées, aussi bien celle du début de soirée laidback que celle de l’after caverneux du petit matin.
Autant de raisons pour lesquelles il parait opportun de leur filer très rapidement les clés de 2017. Et pour patienter, les oiseaux de nuit peuvent toujours se jeter sur le monstrueux Play Shit collaboratif. (Jocelyn Anglemort)


Soulja Boy

Award du meilleur beefeur virtuel

Soulja Boy est né sur internet et mourra sûrement sur Internet. Mais pour vivre, pour exister sur Internet quand notre dernier morceau à succès date de 2008, il faut bien bricoler avec ce que l’on a (non, non, pas des chaussures lumineuses), c’est-à-dire des armes à feu en plastique. Après s’être acheté un nouveau grillz, on ne spéculera d’ailleurs pas sur la réalité des diamants, qui lui donne une tête bien méchante, le rappeur a décidé de rentrer en beef avec tous ses compatriotes qui fonctionnent bien en ce moment. L’occasion pour Soulja Boy de devenir une fois de plus un mème et de sortir la diss track "Beef", initialement intitulée "Fuck Quavo", aussi hilarante qu’attrayante. Je vous mets au défi de vous sortir le refrain de la tête. (George de la Maille)


Southside x Sonny Digital

Award du « Bitch I’m already rich, this rap shit just a hobby »

Chaque auditeur de rap doit connaitre les noms de Southside et Sonny Digital : deux jeunes producteurs les plus influents parmi les piliers fondateurs de la musique made in A-Town (Atlanta) , nouvelle Mecque du rap contemporain. Cette année fut l’occasion de découvrir leur talent mais cette fois-ci derrière un micro. La série de mixtapes Free Agent pour Southside, et le tout récent G.O.A.T de Sonny Digital. Bonne surprise : il s’avère que les bougres sont loin des d’être manchots dans l’exercice, et on espère pouvoir écouter des nouveaux morceaux en 2017. (Mugen Le Druide)


TGOD Mafia - Rude Awakening

Award de la mixtape à écouter dans un océan d’alcools et de gros culs pour oublier son ex dans le carré VIP

Tout est dans le titre : après avoir été écouté ça, le réveil risque de s’accompagner de la tenace sensation d’avoir un rouleau-compresseur en train de vous écraser le crâne. Rude Awakening est un grand bordel bourrin à souhait, puant les drogues et le strip club, comme seule la trap pure et dure sait nous en offrir. Derrière cette TGOD Mafia (pour Taylor Gang Or Die) se cachent le beatmaker à grande tignasse TM88 (ex-membre de la 808 Mafia), Juicy J (le Dumbledore du rap sudiste) et Wiz Khalifa (qui joue ici le rôle de sparring partner). Les compères sont en feu, l’énergie collective est splendide, et une bonne partie des morceaux du projet auraient pu accéder au statut de banger. Da Power, Medication, Green Suicide, Luxury Flow, par exemple. Même quand une piste débute par un sample de The Weeknd, elle finit par partir en vrille (All Night). Une sorte de pendant plus agressif à SremmLife 2, en somme. Mais, en tout aussi mongol, soyez rassurés.
Bonus : il n’y a qu’un seul featuring sur Rude Awakening : Project Pat, pour notre plus grand plaisir. (Napoléon LaFossette)


The Virus and Antidote

Award du producteur underground le plus chaud

2016 fut une année riche en émotions pour The Virus and Antidote. De Bones à Chris Travis, en passant par JGRXXN, le Virus était sans aucun doute le producteur à abattre. Au point d’avoir droit à un tutoriel à son effigie. Et ce n’est pas volé, tant il a violenté nos conduits auditifs par ses mélodies si brutes et abrasives.
Son fait d’arme le plus important reste RestInPeace, d’ores et déjà un classique. (KallMeTheDoctor)


Wicca Phase Springs Eternal

Award de l’artiste sur lequel j’ai le plus dormi

Wicca Phase Springs Eternal, aka Adam Mcllwee, est un ancien membre du groupe de rock Tiger Jaw. Désormais totalement focalisé sur carrière solo, Adam s’est laissé inspiré par le rap pour personnaliser sa musique emo/gothique/electro. Le fondateur de la GothBoiClique et membre de la structure ThraxxHouse (crée par Key Nyata et Mackned) poursuit sa mue en artiste insaisissable et incompris.
Le bijou Saddest Day On Saturn produit par JAYYEAH, issu de l’album Abercrombie & Me, résonne encore dans toutes les têtes. (KallMeTheDoctor)


Young Thug - Slime Season 3

Award du meilleur rappeur en vie juste après Lil Wayne

Un top sans Young Thug perdrait toute crédibilité. Et çà, toi et moi nous le savons. Andre 3000 rêve chaque nuit de surpasser le flow de Jeffrey, mais c’est bien évidemment impossible. Sans forcer, Thugger déguste la concurrence, au point d’être devenu LA référénce dans le milieu. Gucci Mane le confesse dans une interview récente : "Vous savez combien d’heures par jour je passe à m’entraîner pour tenter d’arriver à sa cheville, burrr ?!". Même constat pour Kendrick Lamar qui a tweeté en 2015 : "Thank you Young Thug. Teaching us all how to rap in your music. You and Wayne most influential. Thank you Jeffrey". Ca en dit long sur la grandeur du personnage.
La preuve avec cette leçon de flux sur Tattoos [prod. London on da Track. (KallMeTheDoctor)


Young Nudy - Slimeball

Award du meilleur rappeur sur le seuil de la trap house

On ne sait pas grand chose de Young Nudy si ce n’est qu’il est affilié à 21 Savage. Pourtant sa musique parle d’elle-même, et si l’on est habitué à ce que les rappeurs se concentrent sur la sphère du rap game, Young Nudy ne parle lui que de rue. Sur Slimeball, on retrouve donc les thèmes habituels de la trahison, de la drogue, des armes, des meufs et de la violence. Et si le rappeur pourrait se faire avaler par le flot continuel de rappeurs d’Atlanta, il arrive malgré tout à se démarquer grâce à un bon nombre de productions d’excellente facture. A tel point que l’instrumentale d’Ain’t Playin’, produite par Metro Boomin, est complètement éclipsée par celles de Butt Naked Bitches (produit par Pierre Bourne, un rappeur-producteur du Queens), de Spaced Out, ou de Don’t Trust Y’all du français Myth Syzer.

A la qualité des productions, s’ajoute le talent de Young Nudy à rapper sans effort sur chaque track et qui donne une réelle musicalité au projet. Intonations de voix et flows fluctuent donc sans soucis et permettent ainsi d’oublier le très mauvais mastering de la mixtape. Un projet à écouter aux écouteurs pour ne pas trop exposer ses défauts. Avec Slimeball 2 en vue, on espère que Young Nudy arrêtera de s’enregistrer dans une trap house et passera à un vrai studio, avec de vrais ingénieurs sons. (George de la Maille)


- Accéder à la première partie

Introduction : Napoléon LaFossette
Illustration : rimrimrim


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