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Chroniques

Maxo Kream The Persona Tape

Maxo Kadhafi joue dans la cour des grands.

Mugen le druide, le 1er août 2016

Le 28 juin, c’est la date qu’a choisi Maxo Kream pour sortir son nouveau projet du four, intitulé The Persona Tape. Une arrivée parfaitement synchronisée avec celle d’une chaleur étouffante et d’un climat plus que morose sur notre petit hexagone. Un mois d’écoute intensive plus tard, c’est l’heure de payer l’addition.

Half you rappin’ ass niggas ain’t never hit a lick,
Other half of you niggas ain’t never seen a brick,
More than half of you niggas tattletale might snitch.

C’est par ses saintes paroles que Maxo accueil ses invités, avec le titre Choppas qui fera office d’introduction bruyante. L’occasion de se familiariser avec sa grosse voix de baryton pour ceux qui découvre l’animal, sur un fond de basses hurlantes.

Thirty choppers, play if ya wanna, pull up on ya, at yo’ casa, like where yo’ mama ? Lot of drama, tecs and llamas, like fuck ya’ honor. It’s my persona.

Une manière très efficace de prévenir ses convives de la suite des événements. Préparez-vous à encaisser 14 pistes de violence, 45 minutes de pure boucherie. Un sombre voyage dans les rues sales d’Alief, quartier rebaptisé SWAT : jungle urbaine où les Forum Park Crip, horde de gargouilles arborant fièrement des bandanas bleus au bout de leurs M4 ont élu domicile. Si Houston n’était pour vous que synonyme de candy paint et de barbecues ensoleillés, rebroussez chemin à grandes enjambées. Spice Lane, c’est la face cachée de la lune. Et à l’image de son quartier et de sa Kream Clicc (Kicks Ruined Everything Around Me) la vie de Maxo est particulièrement mouvementée.

Un cheminement qu’il racontera en détail dans un des meilleurs sons du projet, le bien nommé Karo. Souvenirs amers qui mettent en lumière cette époque où il refourguait sa came sur le campus universitaire de TSU, en coupant ses pintes de Hi-Tech avec du sirop de glucose, le fameux Karo. Technique dont il faisait déjà référence dans l’immortel banger Clientele. Cette manière brutale de raconter la vie de rue avec tant de détails est une particularité qui sépare Maxo du peloton des rappeurs estampillés trap. A l’heure ou l’authenticité d’un artiste n’a plus vraiment d’importance, le jeune texan de 25 ans ne s’invente pas une vie. Cambriolages, vols, deals, fusillades ne sont pas là pour impressionner la galerie, mais le réel décor dans lequel il a grandi. Et comme il le dit si bien : "I make music for the niggas in the struggle".

Car s’il cite Nas, The Game et 50 Cent comme étant ses rappeurs favoris, Maxo reste un Texan pur souche et ne renie en rien ses origines. Preuve en est, sa connexion avec Paul Wall accouchera du très bon Smash. L’occasion pour les deux d’effectuer un passage de témoin entre l’ancienne et la nouvelle génération, même si ce bon vieux Paul est encore loin de la retraite. Remercions l’invitation cordiale qui aura permis de rappeler à ceux qui l’ignorent que le Slab God a encore de beaux restes. "Texas country ranger sippin’ dirty at the teaspoon : swangin’ bangin’ poppin’ trunk like hi nice to meet you" est un bel hommage aux légendes d’H-Town, Robert Davis et Pimp C en tête. Plus bel hommage encore au rap du Lone Star State, la géniale Comin’ Dine. Rappelant les flawin’ et l’époque des cassettes grises, Maxo ralentit son flow pour 3 minutes 16 de pure nostalgie, donnant l’impression de flotter sur une prod encore une fois sélectionnée avec soin.

Blood spillin’ like Al Quaeda, walkin’ crisis, one man ISIS.

Chose devenue rare dans le rap, Maxo nous livre un story telling de haut vol avec Hit Mane. Invitation macabre dans le quotidien d’un tueur à gages plongeant peu à peu dans la folie, enchaînant les contrats et les meurtres comme si c’était un job comme les autres. Freddy Kruger Jason mane for me it’s a normal day. Là encore, la prod est un petit bijou, mettant en place une ambiance angoissante de film d’horreur avec ses synthés menaçants et ses basses profondes. Quant a Maxo, son flow semble s’adapter à n’importe quelle rythmique avec une efficacité déconcertante. Dans un paradigme similaire, G3 s’ajoute à la longue liste des sons malsains, un mélange de violence incontrôlée et de xanax, bien aidé par la prod de Tommy Kruise. Si le clip nous montre des goons enfouraillés comme des GI s’apprêtant à refroidir une proie, cette mise à mort est en fait une référence à une sinistre mésaventure qui s’est déroulée dans des circonstances similaires. Un membre de la Kream Clicc s’est fait abattre par accident par un proche. Voilà ce qui peut arriver quand on s’amuse avec des Glock 19 avec 8 barres d’alprazolam dans le ventre. C’est ce genre d’événements qui a poussé Trigga Maxo à ralentir sa propre consommation. L’époque où il avait les neurones noyés dans l’Alpharma et autres benzos n’est pas si lointaine.

La paranoïa qui gangrénait #Maxo187 resurgit dans ce projet par petites touches. La prod. sombre et pourtant mélodieuse de Out The Door sera l’occasion de raconter le coté obscur d’une vie de dealer, que les rappeurs ne cessent de glorifier, en bonne compagnie de Martin Luther Key.

« Keep my trappin’ on the low cause it ain’t everybody’s business, 
I got 25-to-life inside them cabinets in my kitchen.
Hunnid pounds in the trash bag Maxo do the dishes,
Hunnid rounds in the AR mag I can’t leave no witness.
Got cameras in the front, got cameras in the back,
Got cameras cross the street in that old Cadillac. »

Et si la trap est intiment liée a la ville d’Atlanta, il n’est pas surprenant d’entendre Maxo citer Gucci Mane et Young Jeezy, piliers fondateurs du genre, comme étant les rappeurs qui l’ont le plus influencés. Pour lui, Thug Motivation 101 est un film, et on ne peux pas vraiment le contredire quand on connait l’influence de ce classique indémodable sur le rap actuel. Comme chaque homme de goût à cette époque, au lycée, il portait fièrement le légendaire tee-shirt Snowman. La débrouillardise fait partie intégrante de sa musique, comme elle fait partie intégrante de la vie de sa Kream Clicc, toujours en balance entre la vie et la survie. Les meilleurs exemples sont les titres Shop et Big Worm, deux titres mis en avant encourageant l’auto-entrepreneuriat. De la pure motivation music, un thème typiquement trap : acheter puis revendre.

"Put a pot in the stove like a chemist, Bout it, bout it, I ain’t got no limits "

"I got money comin’ I got distribution, I got molly, weed, I got Whitney Houston"

Logiquement, Maxo collabore avec des artistes d’A-Town, comme par exemple sur le très bon Spike Lee ou il invite Playboi Carti et Rich The Kid. On regrette que Father ne figure pas sur la liste des invités en gardant en mémoire l’hypnotisante Cell Boomin et surtout Young Scooter, avec qui la réunion le temps d’un morceau finira bien par arriver.

L’enchaînement de Smoke Break et l’excellent Talkin’ Shit pour conclure le projet prouve que le potentiel de Maxo est immense et c’est encore plus marquant avec cette mixtape. La variété des flows utilisés tout au long du projet est tout simplement époustouflante, et de surcroît terriblement efficace. Ajoutez à cela des punchlines et des enchaînements techniques qu’on ramasse a la pelle, on en vient vite à avouer que Maxo Khadafi est techniquement irréprochable. Ses choix de prods toujours judicieux et la qualité intrinsèque de celles-ci ont grandement influencé la qualité du produit fini, malgré le fait qu’aucun grand nom ne figure dans la liste. Saluons donc le travail de Wilderness, Pe$o Diddy, Ryan ESL et Chuck English, les principaux artisans d’une matière première de qualité.

Dans la continuité du projet qui l’a révélé à grande échelle, The Persona Tape est tout aussi sombre que son aînée, l’effet de surprise en moins. L’été à Houston, il fait 40 degrés à l’ombre, pas question donc de sortir en pleine journée. Cette obscurité pesante, Maxo arrive parfaitement à la mettre en musique, tout en ayant une affiliation trap parfaitement assumée. Là encore, il parvient a produire un projet qui s’écoute de bout en bout quasiment sans temps-mort : une chose rare qui mérite d’être soulignée. Son authenticité, ses textes bruts et fourmillants de détails, sont autant de choses qui le rendent aussi singulier. Si en 2015 #Maxo187 était un des meilleurs projets rap de l’année, on peux affirmer en toute sérénité que The Persona Tape est lui aussi un incontournable en cette riche année 2016. Et même s’il ne sort pas des projets à la pelle, Maxo Kream est un des jeunes rappeurs (il n’a que 25 ans) les plus talentueux de sa génération, on en a aujourd’hui la preuve formelle.

- The Persona Tape sur iTunes
- The Persona Tape sur Livemixtapes



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