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Focus

Houston dans le rap français

Bleu Blanc Violet

Crem., le 1er novembre

Quand on mélange du bleu, du blanc et du rouge on obtient du violet pâle. Couleur plus que mythique à Houston, Texas... On a donc demandé à des rappeurs et à des producteurs français de nous parler de cette ville, et de tous ces disques qui en sont sortis.


A13

Ralentisseur hexagonal

L’album qui a fait que je me suis mis à fond dans le rap c’est Who is Mike Jones de Mike Jones, ça devait être en 2005/2006. J’avais le double album avec la version screwed & chopped. J’étais à la fac à Montpellier, on écoutait ça en allant à la plage et on swangait sur la route qui la longeait. Mimétisme à fond.

Après tout à suivi ; Slim Thug, Paul Wall, UGK, Swisha House, Rap-A-Lot… Je regardais tout ce qui passait en documentaires et interviews sur le net. Je me souviens d’une interview de Slim Thug qui disait qu’il venait du nord de Houston et que les mecs du sud ne comprenaient pas pourquoi il avait des tresses… La ville est tellement grande que du nord au sud même les coupes de cheveux sont sources de conflits. Il expliquait aussi pourquoi la codéine était répandue dans le sud. En gros au sud il fait chaud, du coup ils prenaient cette drogue qui les ralentissait et qui les posait, en opposition avec les mecs du nord où il faisait froid et du coup prenaient des drogues excitantes genre extasy.

Dans tout ce que je lis et j’écoute un nom ressort : DJ Screw. Le Monsieur qui arrive à retranscrire l’effet de cette drogue en ralentissant les morceaux. Il vend des cassettes depuis chez lui, ses remixs plaisent tellement qu’il y a des embouteillages autour de son bloc à cause des mecs qui viennent en voiture pour acheter ses tapes ! Les fédéraux pensent qu’il vend de la drogue et font une descente chez lui tellement le truc déplace de monde ! Quand je découvre ça, DJ Screw est déjà mort depuis 5 - 6 ans mais il est toujours présent dans tous les sons. Name droppé par tous les locaux et plus largement par tous les rappeurs du sud.

Dans son sillage DJ Michael 5000 Watts et OG Ron C perpétuent la tradition et tous les albums sont remixés avec des pochettes violettes ! Ca avait l’air d’être une grande famille Houston, tout le monde featait avec tout le monde. Pimp C avait un peu apaisé les tensions, c’était beau !

L’été 2016 j’ai fait un road trip dans le sud des US : Memphis, Atlanta, New Orleans et forcément il a fallu aller jusqu’à Houston. Je suis allé me faire des Grillz chez Johnny Dang, l’associé de Paul Wall. Et j’ai vu Slim Thug dans un club pour la sortie de Hogg Life, Vol. 4 : American King. En pèlerinage et toujours dans le mimétisme...

Je reste à l’écoute de ce qui sort de Houston, même si les sorties sont moins folles. Slim Thug, Z-ro, Bun-B ont une constance qui ne déçoit pas. Slim Thug a un business dans le bâtiment, il construit des maison pour Buy Back the block et Trae tha Truth semble avoir fait un taf de dingue suite à l’ouragan Harvey l’été dernier. Le maire de Houston a dédié des journées en leur honneur. Bun-B donne des cours à la fac, il va finir maire de la ville !

J’aimerais que Mike Jones soit toujours celui de l’époque mais ces dernières sorties sont tellement décevantes que je les oublie instantanément et je reste sur Who is Mike Jones (et aussi The American Dream avec le DVD du film où il joue son rôle…). Maintenant il n’y a plus vraiment de son “Houston”, tout le monde l’a un peu pris. Le screwed s’est immiscé dans la pop. Les différences qu’il pouvait y avoir entre le sud et le nord de Houston semblent bien loin... Je remix des morceaux de Kevin Gates depuis Annecy

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Carson

Trouve le avec une connasse maquillée comme Lomepal

Alors moi le rap de Houston c’est vraiment la première scène du Sud qui m’a attiré, beaucoup plus que celle d’Atlanta. Celle de Houston sentait vraiment le deep south, la chaleur écrasante du Texas, un pays dans un autre pays. Etant un aficionado de rap californien c’était une suite logique pour moi, avec toutes les connexions qu’il y avait : Dr Dre X Bushwick Bill, Scarface X 2 Pac... C’était un peu la West Coast du Dirty South pour moi.

Une des choses qui m’a le plus influencé c’est certainement les refrains Screwed & Chopped, ça m’a vraiment mis une claque de fou. Je trouvais ça incroyable. Notamment le son Diamonds de Slim Thug (influence que l’on peut ressentir dans mon dernier morceau 300 Sseudi). Instru très lente, refrains menaçants : tout ce que j’aime écouter venant du Sud.

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DELA

Comté, Carrera & 808

Houston, c’était une fin d’après midi en rentrant du lycée, le cul posé sur le canapé de mes parents en regardant Viva Zwei : Big Pimpin’ ! Bordel de merde ! C’était quoi ce clip ?! C’était qui ces mecs ?!

Bon OK c’est noté je retiendrai, UGK venait d’arriver dans mes montagnes à bord d’un gros yacht blanc accompagné de ravissantes créatures douchées au Crystal Roederer... J’ai mis un peu de temps pour m’en remettre puis j’ai creusé ça avec Napster. En vérité Scarface m’avait déjà un peu mis le pied à l’étrier avec les Geto Boys (je suis complètement fan du swag de Bushwick Bill) mais UGK posait une autre ambiance.

H-town, où je suis vraiment rentré dedans c’est avec Swishahouse. En même temps c’est l’époque où on a commencé à fréquenter Dj Raze qui venait de fonder Suchard House avec le Genevan Heathen.

Rien de tel qu’un bon clip pour te mettre dans l’ambiance. Still Tippin’, grosses voitures américaines sur vérins hydrauliques, Slim Thug qui se fait sucer pendant son playback au volant de sa Cadillac, les grillz de Paul Wall qui illuminent la bouche de Mike Jones. Tu te retrouves avec un groove quand même beaucoup plus Funky que dans le rap de Memphis, ça fait du bien de faire une pause de satanisme de temps en temps !

Je crois que Purple Stuff Remix c’est le genre de morceau que j’emmènerais sur une île (tu sais ce genre de question à la con là), l’enchaînement des incroyables couplets de Project Pat et Big Moe sont une véritable œuvre d’art. R.I.P mon gros Moe, t’étais un bon.

Mais le plus cool à écouter quand tu es au lit avec ta meuf ça restera Devin The Dude. Je ne comprends pas que ce mec ne soit pas devenu aussi connu que Michael Jackson. Au final on en a beaucoup mangé du Houston, ça nous a clairement influencé, on l’a même déclaré avec un track nommé Pimp C !

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L’épicier (La Prune)

Épicerie fine, liqueurs & rides nocturnes

Je me rappelle la première fois que j’ai entendu un son de Houston. Un pote à moi connaissait très bien Dj Feadz, un dj compositeur de musique électronique/hip hop du label Ed Banger. À l’époque je me butais au rap underground, Canibal Ox, El-P, MF Doom, Madlib, Mr Lif, Scaramanga, Edan etc. Feadz nous avait fait une petite sélection, une mini mix-tape maison sur K7 avec tous les trucs qu’il avait digger. Honnêtement, je serai incapable de me rappeler de tout ce qu’il y avait dessus, mais il y avait principalement des nouveautés.

On est début années 2000, on se met à écouter la tape, les sons passent et là un morceau m’interpelle. Une prod assez singulière, le genre de truc que j’avais pas entendu avant. Quelques accords de piano, des claps cinglants de 808, une petite sirène un peu smoove, et un charley qui tape sur tous les temps à la façon d’un métronome. Le BPM est assez lent et le morceau démarre sur un refrain chanté par des voix d’enfants backés par le MC. Voix grave, suave, posée. Clairement le mec ne force pas du tout et dégage un flegme et une sérénité significative. Le refrain est explicite. Même un novice shakespearien peut capter le truc. Le morceau est une fresque peignant le portrait du parfait baller, le player, le mec pimpant avec de forts signes extérieurs de richesse. Je tombe dans cet univers de mecs qui racontent leurs lifestyles à base de gros bijoux, de grillz ou de voitures clinquantes. Souvent le récit du style de vie d’un jeune texan qui part de rien, arrive au succès et étale sa réussite. Ils ont leur propre sonorité, un truc vraiment personnel à leur ville de Houston. De grosses lignes de Drum à la 808, des orgues, des guitares avec pédale wah-wah. Tout cet environnement me faisait vraiment penser aux influences Blues que j’ai grâce a mon père guitariste, et qui m’a bercé aux rythme de cette musique. Ce jour là je venais d’écouter This is the way we ball de Lil Flip et j’avais pris une énorme claque musicale pour toutes les raisons que je viens de décrire au dessus. Ça faisait un contraste avec ce que j’écoutais à l’époque.

De fil en aiguille, je me suis totalement dopé au rap de Houston. J’ai dévoré un à un les classiques qui s’offraient à moi ; le Ridin Dirty de UGK et découvert pleins d’artistes comme Fat Pat, Big Steve, Lil Keke, C-Note, South Circle, Z-Ro, E.S.G. Puis plus tard Paul Wall, Slim Thug, Maxo Kream, Beatking et autres consorts, avec tout le mouvement initié par Dj Screw, inventeur du Screwed & Chopped. Un style qui consiste à ralentir le BPM du track et le saccader en doublant des mesures. Cette idée lui est venu de la consommation excessive de lean qui donne un impression de vivre au ralenti.

Aujourd’hui dans mon téléphone il y à toujours le classique Still Tippin’ de Mike Jones ou le Pimpalation de Pimp C. Cette scène a grandement influencé ma musique au niveau des placements, des flows, des choix des instrumentaux ou de l’univers sonore que l’on peut retrouver dans La Prune. On garde cette part d’influence Houstonnienne. D’ailleurs je pense que je n’ai pas été le seul influencé... A l’écoute de ce qui se fait maintenant, que ce soit américain ou français, on peut voir que Houston a marqué de son empreinte le rap actuel.

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FRENCIZZLE

Producteur/DJ expert en mongoleries

Ayant écouter du rap tardivement, j’ai découvert le rap de houstion via Baby Bash sur M6. C’était un rap different, le mec était très lent, il kickait pas. De fil en aiguille je me retrouve a écouter des mecs de là-bas comme Big Moe, c’est un peu le Nate Dogg de houston en plus gros et moins gospel. C’est donc l’époque des grillz, des tank top de basket, Mike Jones etc. L’influence n’est pas que musicale elle est aussi au niveau de l’image.

Musicalement je retiendrai surtout la guitare qui est très présente, sous toute ses forme. Par la suite on arrive aussi avec des sonorités plus électroniques, des gros lead pour remplacer les trombones, il y a un coté country rap un peu facile mais tellement entraînant.

On ne peut pas parler de houston sans le Screwed & Chopped, ça a redynamisé une période du rap où si tu ne savais pas faire de refrain il suffisait de mettre une boucle en screw, c’était une valeur sure. Personnellement ça m’a pas mal influencé. J’ai des projet en S&C, j’ai même un morceau avec Moise The Dude entièrement en Screw, il n’y a pas de version regular. Mon premier titre avec Joke était totalement dans le délire Screw ; ultra lent et hypnotique.

Le rap de houston, du moins les prods, a été pour moi un grand tournant sur la façon de sampler et de composer. Même si on reste sur les meme BPM que le Crunk, qui était la norme à cette période, c’est plus harmonieux, on a des piano, des grosses basses, des trompettes, mais en moins festif. Un peu comme le son de la Nouvelle Orleans en plus triste. D’ou le rapprochement entre les rappeurs et producterus des 2 scènes je pense, comme le projet de X Mob qui, il me semble, a été produit par Pimp C et Mannie Fresh.

Pour finir, Houston est un spot de talents énorme : Mike Jones, Paul Wall, Slim Thug, UGK, Beyoncé, Johnny Dang... qui culturellement, avec d’autre,ont eu un cycle dans le Hip-Hop, fait des ponts entre les scènes et se sont imposés comme piliers. On retiendra Mike Jones pour Still Tippin’, mais on retiendra surtout Lil Flip en lutin sur une boîte de céréales comme cover de mixtape, ou encore le clip de Paul Wall avec Frayser Boy dans un bar qui se tapent avec des cowboys.

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- A venir : Exigences Mongoles courant 2019


LK de l’Hotel Moscou

Purple magic

Pour moi il est impossible de mentionner Houston sans directement penser à DJ Screw. Sa musique m’a profondément inspiré, tant le Screwed & Chopped est novateur. J’ai découvert ça assez tard, vers 2004-2005, et je n’ai pas compris l’intérêt tout de suite.

Puis je suis passé par une phase de ma vie de grande dépression ; je déménageais seul sur Paris pour travailler dans un taf et des études que je détestais, pendant que ma mère faisait des allers et retours constants entre différents hôpitaux psychiatriques. Avec la déprime, je continuais de faire de la musique pour moi mais j’avais plus ou moins perdu toute ambition de la partager avec le monde. C’est une période de ma vie qui s’est accompagné d’une grosse consommation de drogues (opiacés, DXM....) et de la découverte de la culture psychédélique californienne. Ce qui m’a fait plonger dans le Screwed & Chopped à fond. Je me faisais mes propres compilations S&C à usage personnel, avec des sélections de rap US, Fr, rock psychédélique...

Jusqu’à ce qu’un jour en 2006 je rencontre par hasard Mouloud Achour dans le TGV et que je lui fasse écouter ce que je faisais, dont des remixs Screwed & Chopped de La Caution. Il a apprécié et m’a fait rencontrer Nikkfurie, ce qui a débouché sur plusieurs collaborations qui ont été des moments vraiment importants pour me redonner goûts à la musique et à nous faire connaitre un petit peu sur la toile. Bref, je me suis un peu éloigné du sujet... Mais tout ça je le dois entre autres à DJ Screw. D’ailleurs, jusqu’à aujourd’hui, mon projet Screwed & Chopped de La Caution, ainsi qu’une version ralentie de Habits de Tove Lo, sont parmi les titres qui ont le plus de succès sur nos plateformes.

Pour fêter notre focus Houston, LK nous offre cet inédit en feat. avec Big Pokey de la Screwed Up Click. Merci !

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- A venir : LK de l’Hotel Moscou a trois projets qui sortiront bientôt, mais on ne sait ni exactement quand ni dans quel ordre.


MADIZM

Des centaines de prod. et autant d’histoires

Je ne vais pas vous faire le plan récitation de collège concernant Houston, prenez un blog US et tapez ’’Houston scene’’ vous aurez surement assez d’infos sur Slim Thug, DJ Screw, Mike Jones, Paul Wall etc...On vous dira aussi que UGK fait parti du lot vu que Port Arthur n’est pas loin.

Laissons tout ça et plongeons-nous début 90 à Grigny. La Grande Borne. La MJC. Mode 2, un ami et moi. Mode2 si je dois vous expliquer qui c’est on est mal barré... Allez sur Google. Meilleur graffeur de la génération NTM. Il n’était pas français et n’aimait pas le rap français. Enfin les français surtout...Hahaha ! Pour info, quand on graf on met de la musique en fond. Et souvent les album qu’on préfère. On est en plein époque K7/poste. Deumo sort une tape ce jour-là avec l’album de Geto Boys sorti en 90. Fuck ’Em démarre. OK. Très NWA. J’ai l’impression d’entendre Eazy E quand j’entend le nain (bon je sais pas encore que c’est un nain !). Size Aint Shit...Wow...Un scratch dans le couplet, du JB’s, 3 breakbeats entrelacés, des stabs de soul...Je commence à rentrer dedans à mort. Et là le problème. Mind of a lunatic...

Ce morceau résume mon entrée dans le rap hors East/West en vrai. Avant ce morceau j’étais bipolaire ! Soit L.A, soit N.Y. Mais là je comprenais pas comment des gens venu de je ne sais où pouvait looper Givin’ Up food For Funk et être aussi vulgaire. Je suis tombé accroc à ce morceau. J’ai fait une sale copie de ce morceau sur une autre K7 le jour même (technique berbère) et ma fibre Houstonienne a grandi à partir de là...La façon dont Willie D dit ’’je te planterai le cul comme un mexicain’’ c’est incomparable encore aujourd’hui ! LOL...Les mecs réussissaient un tour de force en ayant plus de mot bippé par la censure dans les versions cleans que de mots non-censurés. Des vrais gueudins. Et je l’ai su avant que le nain ne s’enlève un œil avec une petite cuillère ! Ou que Willie D se fasse pincer pour avoir refourguer des iPhone volés ! Hahaha des vrais bougres. Leur musique étaient sans comparaison. J’ai eu le même kif quelques années après quand je suis tombé dans la marmite UGK. Houston a cette capacité de donner naissance à des ovnis comme Slim Thug qui reste un modèle dans le rap pour ma part.

Houston m’a prouvé que N.Y et L.A n’avaient pas le monopole en terme de samples et de beats de tarés. La qualité des productions étaient tellement haute. Parliament, James, Isaac, Funk Inc etc...J’ai fait mon éducation en partie grâce à eux. Le Big Beat de Billy Squier, c’est chez Geto Boys que je l’ai entendu en premier. Les gars samplaient du BDP (mon crew de base) donc c’était sûr que c’était des bons. Je n’ai jamais perdu le focus sur cette ville depuis les 90’s. Quand Chamillionnaire a débarqué avec les Z-Ro, les Trae, que Bun B était en solo et que Scarface portait la ville sur son dos, j’étais là. Quand Maxo Kream débarque je suis là aussi. C’est une des meilleures écoles de formation si on me demande. Et il n’y a pas trop de zoulettes là-bas. Encore une chose que j’apprécie. Je dis oui à leur zumba. C’est pour ça que je vous ai laissé un petit cadeau sous la forme d’un couplet anthologique de Scarface revisité par mes soins avec un sample de Chi-Lites, parce qu’on ne se refait pas à mon âge !

#IZMRMX #MADFactory #Mercizm

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MoTheDude

Rocket sur le maillot, Devin dans la stéréo

H-Town 2005 / 2010, à peu près : mon âge d’or.
Still Tippin’. Je ne vois pas quel morceau résume mieux cette période et cette couleur de rap. J’ai bouffé N.Y et L.A dans les grandes largeurs, comme la plupart des auditeurs français. Mais Houston à cette époque... la saveur particulière que j’attendais depuis toujours sans le savoir. Les (premiers) albums de Mike Jones, Paul Wall, Lil Keke, Slim Thug, Z-Ro, Trae Tha Truth et même ces deux derniers ensemble (ABN) etc. Que de classiques ! Scarface bien sûr aussi, UGK et Devin évidemment, même si ils pondent des hits depuis longtemps.

C’est synthétique mais pas froid, ça me rappelle les années 80. C’est gavé de TR 808. C’est lent, c’est lourd, saturé d’humidité chaude comme le climat local. C’est fait pour les bagnoles. C’est tout à la fois : thug, fun, chantant & kickant. Et puis souvent les morceaux sont truffés de ces sons déformés là, comment tu dis ? Ah oui, l’effet screw, qui ajoute ce swag incroyable à un refrain, une ambiance, un back vocal. Quelle trouvaille bordel ! On en viendrait à écouter des albums entiers comme ça, d’ailleurs ils le savent là bas, ils sortent les deux versions.

Tu comprends encore mieux quand t’es sur place. Quand tu vas chercher des CDs de musique locale dans un petit shop où le mec, plus tout jeune, vend : du porno, l’attirail du parfait dealer (balances, pipes à crack, lactose pour couper, sachets hermétiques de toutes tailles etc) et des disques. Et qu’il te glisse des capotes Strapped Condoms, une marque Texane, en cadeau quand tu lui prends une pile de disques.

Et puis tu reprends la bagnole, tu re-roules une demi heure, pas trop vite, au milieu des quartiers où la végétation a toute sa place. C’est très vert Houston. S’en foutent, ils ont tellement de place, ils ne vont pas se faire chier à couper les arbres.

Pendant ce temps là Tracy McGrady, un des plus gros gâchis par blessure de toute l’histoire de la NBA, mais surtout un des joueurs les plus talentueux, cools et stylés, qui redorait (un peu) le blason des Rockets. Sans compter Yao... L’âge d’or je te dis.

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Keudar toujours disponible


Nikkfurie

Texte et musique, les dimanches sur Mouv’ 23h-00h

"Not from Houston but I rap a lot" cette line de Biggie atteste de l’attrait majeur que toute Hip-Hop head a eu, un moment ou un autre, pour la scène rap de la H-Town et notamment son label mythique Rap-A-Lot Records.

Je l’ai connue pour ma part sans vraiment l’affilier à Houston à la base... J’étais un kid et les Geto Boys pour moi c’était des N.W.A. en moins show off, plus pragmatique, et j’aimais beaucoup, mais limite je pensais qu’ils venaient de L.A. Ensuite, j’ai suivi Scarface, UGK, Bushwick Bill et consorts et j’ai vraiment capté qu’il y avait une vibe propre à Houston. Quelque part à la croisée entre le son de L.A. et celui du South. Les Fat Pat, SPM ou Big Moe par exemple sonnaient vraiment très particulier avec des sons hyper synthétiques et une musicalité assez "naïve" mais cool. Scarface devenait entre temps un MC légendaire, sorte de Tupac en plus daron ! L’un des MCs que j’écoutais bien plus pour l’authenticité que ses morceaux dégageaient que pour sa technique.

Puis les Lil Keke, Slim Thug, Paul Wall, Mike Jones etc. ont amené une connotation bien plus South et légère. Ils maîtrisaient à la perfection comment faire bouncer les gens en club. Parallèlement, un DJ légendaire, feu DJ Screw, inventait avec sa team (très portés sur le sirop de codéine) une autre manière d’écouter du rap. Le Chopped and Screwed qui consite à spinner les morceaux au ralenti. Et là, vraiment, Houston a amené une particularité qui n’existait, à ma connaissance, pas ailleurs. Une vraie révolution qui faisait massivement bouncer les refrains de morceaux en double time. Les teams Screwed-up Click et Swishahouse se tiraient la bourre dans ce style et ont pondu des tueries de ouf.

Ça a massivement entraîné les beatmakers d’un peu partout dans le monde à ralentir les BPM, je l’ai d’ailleurs fait avec Les Cautionneurs sur le morceau Guerav Toi ou Ils m’observent et Gin & Jus de L’Armée des 12, il y a des années maintenant. Et donc pour finir, je dirai que, définitivement, la scène de Houston a été l’une des plus funky et créatives en matière de rap.

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Nikkfurie X Young Zee Ignorez L’annonce (Skip Ad)
La Caution Peines de Maures/Arc-en-ciel pour Daltoniens
Mix spécial Houston toujours disponible chez Mouv’


Radmo

Pololo flow

Qui dit Houston dit Geto Boys bien sûr, avec Bushwick Bill et son œil de pirates. Je suis de cette génération Yo MTV Rap et des cassettes VHS qui berçaient mon enfance. Houston et ces rappeurs énervés ou les chicos parlent en diamants, comme Paul Wall ! Still tippin’ ! Putain de clip avec Mike Jones et Slim Thug, mes rappeurs préférés !

J’ai découvert un peu plus Pimp CDJ Screw grâce à mes homies Butter Bullets et leur sombre univers. Puis cette nouvelle génération, Travis Scott qui inspire de nombreux rappeurs français. Le rap de Houston c’est la base, le début. Et à la fin on a tous porté des T-Shirt ge-lar et bougé le bassin comme Elvis ! J’ai passé des soirées à mater des clips avec mon Swiss Dela... D’ailleurs ne restez pas trop loin, on arrive avec de nouvelles sonorités...

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A venir : Climax


Sidi Sid

Arrive en sifflant sur des beats lancinants

Je n’ai plus vraiment de souvenirs de la première fois où j’ai entendu parler du rap de Houston mis à part les covers douteuses dans The Source, encore.

Je me souviens juste avoir eu une K7 promo de Rap-A-Lot je ne sais comment, sur laquelle il y avait un track de Shyheim du Wu qui était signé chez eux à ce moment. J’ai détesté le reste de la tape dont The World is a Ghetto de Geto Boys que j’adore aujourd’hui.

Ensuite, c’est à dire bien plus tard je me prends Still Tippin’ en pleine gueule et là c’est foutu... Le Screw, les Grillz, le numéro de Mike Jones, Sittin Sideways etc etc.

C’est donc plus la "deuxième vague" qui m’aura vraiment marqué, peut-être une histoire d’âge mais Waoo ! Il suffit de regarder le clip de Still Tippin’ pour comprendre la puissance du truc. Le couplet de Slim Thug en conduisant et en se faisant offrir une gâterie par une dame qui reprend son chewing-gum ensuite... Légendaire !

Et comme on change pas une équipe qui gagne, DJ Pat X Sidi Sid ont réalisés ce mix à quatre mains. Cette fois ci c’est du 100% Screwed

Sidi Sid sur Twitter
Butter Bullets sur Bandcamp
Air Mès & Hermax toujours disponible

ILLUSTRATION :
Dirt Noze

CREDITS PHOTOS :
Moïse The Dude par Mathilde Polak Touchard
Nikkfurie par Ludovic Souillat



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