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Focus

Drumma Boy Drum Sprung vol. 2 (2011/2018)

Yeeeeeah Boy !

Dirt Noze & Jocelyn Anglemort, le 19 mars

Si le volume 1 se consacrait à la carrière de producteur de Drumma Boy, cette seconde édition en abordera une autre facette avec la naissance de son alter ego, le rappeur D-Boy Fresh.


Les années 2010 marquent une nouvelle ère pour Drumma, celle où le producteur star décide de se mettre au rap, à l’image de ceux qu’il admire et dont il salue la longévité : « Dre, Timbaland, Pharrell, Lil Jon, Kanye, Diddy, Swizz Beatz... That’s what these dudes do best is get their point across verbally ». Cette décision trouve peut-être ses origines dans la cérémonie des BET Award 2010 où, malgré sa nomination au titre de « Producer of the Year », l’accès aux festivités lui a été refusé. Drumma s’offrira un petite vengeance l’année suivante en célébrant la victoire de No Hands en tant que Best Club Banger par un « Yeeeeeah Boy ! » jeté au visage de l’assistance (Waka Flocka, futé et sympa, ayant missionné le producteur de récupérer le prix sur scène). Las de ce manque de reconnaissance et de l’ingratitude d’une partie de la profession envers le statut de producteur, Drumma décide qu’il est l’heure pour lui de prendre un peu la lumière en passant de l’autre côté du micro, tout en gardant, comme à l’accoutumée, un contrôle total sur cette nouvelle entreprise.

« Mathematics was my favorite subject growing up, all my life. »

C’est donc sur son label Drum Squad Records que sortent ses gros projets en tant que rappeur (après le coup d’essai Welcome II My City en 2009) : The Birth Of D-Boy Fresh (2011), Welcome To My City 2 (2012), Welcome To My City 3 (2014) et #MyFashion (2015). A la manière d’un all star game du rap du Tennessee, ses albums , sombres et rugueux, réunissent pêle-mêle Playa Fly, Gangsta Boo & La Chat, Juicy J & Project Pat, 8 Ball & MJG, Young Buck, Don Trip & Starlito ou DJ Squeeky à la production, ainsi que quelques invités extérieurs, dont Future et le tout jeune Metro Boomin. Au delà du simple fait de pouvoir enfin raconter son histoire personnelle, on sent une nouvelle fois à travers cette démarche une volonté forte de rendre hommage aux défricheurs de Memphis et ses alentours, fil rouge qui guide sa carrière depuis les tous débuts, comme l’attestent les noms des morceaux : My City Is The Realest, The City Where I Come From, M.E.M.P.H.I.S ou encore Know Your History... Aussi et comme nous l’évoquions dans le vol.1, si son envie de passer à la composition était née du souhait de ne pas à avoir à rejouer éternellement les morceaux des autres, ce passage au micro s’inscrit peut-être dans cette même recherche de liberté : ne pas toujours être tributaire des textes et des flows des autres, mais aussi de leurs disponibilités, voire de leur santé mentale.

En effet, l’autre gros dossier de Drumma pour cette décennie consiste en la gestion du "cas Gucci Mane ", entre fin de cycle destructeur et renaissance quasi-biblique. En 2011, le rappeur à qui il a lié son parcours dès 2001 est un homme libre et on peut dire qu’il rentabilise chaque minute de cette période loin des barreaux. Avec un Drumma Boy toujours fidèle et œuvrant dans l’ombre tel un forçat pour satisfaire la soif d’instrus de Guwop, ils enchainent les projets de très bonne qualité (Gucci 2 Time, The Return of Mr. Zone 6, Writings On The Wall 2). Surtout, cette année marque la naissance de Ferrary Boyz, un album dont Drumma rêvait depuis longtemps puisqu’il réunit ses 2 rappeurs du moment : Gucci Mane et Waka Flocka Flame. Le projet est une immense réussite tant la synergie musicale entre les deux zigues du 1017 Bricks Squad atteint son apogée. Étrangement, Drumma n’en produit que 2 titres, What the Hell avec la participation de Rocko, ainsi que le morceau éponyme, Ferrari Boyz. Et quel morceau ! Avec sa mélodie à mi-chemin entre Zaytoven et The Schumacher Song de DJ Visage, ses montées de claps, ses patterns de drums en constante variation et ses deux rappeurs au diapason, nous tenons là l’un des plus grands hymnes d’une année 2011 pourtant riche en blockbusters. Entre l’influence du Flockaveli de Waka qui se répand comme une trainée de poudre, la signature des petits prodiges Young Thug et Young Scooter, et un Gucci qui enchaine les projets de qualité dont le 3ème volet de Trap House ou les séries Trap Back et Trap God auxquelles Drumma met la main à la pâte... la domination de l’équipe « Brick Squad » est alors sans égal. Du moins pour le moment.

« You tell Gucci to rap about anything - "Hey Gucci rap about some baby diapers" - he’s going to come up with some dope shit. He’ll rap about a booger in your nose and turn that shit into a smash. That’s being creative, having fun and having no limits. And those are the people that have the best careers to me. »

Jusqu’à ce 7 septembre 2013 pour être précis, date à laquelle Gucci Mane, alors au stade final de sa consommation de lean et encore affecté par le décès de Slim Dunkin, pète un boulon et part dans une interminable diatribe sur Twitter à l’encontre de plusieurs membres de 1017 Brick Squad et Brick Squad Monopoly (Waka Flocka, sa mère et ancienne manageuse de Guwop Debra Antney, Frenchie, Wooh Da Kid…) mais aussi en direction d’un paquet des stars du moment, dont Nicki Minaj, Drake, Rocko, Jeezy, T.I. ou Yo Gotti. Il faut bien avouer qu’en ayant rappé avec la terre entière, le bougre possède alors son lot d’anecdotes cocasses à partager. Malheureusement, cet accès de furie entraine la dissolution immédiate de la galaxie 1017 Brick Squad, notamment en signant la fin du deal avec Atlantic Records, et ouvre la porte au climax de cette triste semaine de pétage de plomb : dans la nuit du 14 septembre, Gucci est arrêté et incarcéré pour détention illégale d’armes à feu. 11 mois après son début d’incarcération, il est condamné à 3 ans et 3 mois de prison.

« I saw the tweets and thought, "Damn ! How could these motherfuckers be beefing ? Fuck." It hurts you cause I was on the outside looking in. I consider them both to be family. This ain’t entertainment for us. It may be entertainment for the media, it might be entertainment to the fans, but it’s not for us. »

Malgré l’emprisonnement de celui pour qui il a produit plus de 100 titres en une décennie, Drumma continue à ajouter sa pierre à l’édifice du rap sudiste en plaçant son légendaire Yeaaaah Boy dans le top 20 du Billboard 200 aux côtés d’artistes plus pop et grand public (Nelly, Kid ink, Chris Brown, Wiz Khalifa, Trey Songz, Drake, Kanye...), tout en poursuivant sa carrière solo avec, heureusement, des projets plus undergound et davantage fidèles à la recette originelle. Notons par exemple la mixtape Clash of the Titans avec DJ Paul, particulièrement musclée et réunissant enfin deux des producteurs phares de M-Town.

Dj Paul & Drumma Boy

Si l’éclosion de Drumma aux yeux du grand public n’a pas connu la fulgurance de celle des super producteurs des années 2010 (de Lex Luger à Mike-Will ou Metro Boomin), cela peut s’expliquer par le naturel discret et consciencieux d’un artiste particulièrement appliqué à bien solidifier les bases de l’édifice qu’il est en train de construire. Un positionnement qui lui permet de se maintenir à un haut niveau de compétition, avec constance et régularité, sans perdre son identité dans la quête aux récompenses. Sans doute l’avantage d’être souvent à l’origine des tendances et non de courir éternellement derrière.

« That’s my biggest motivation—to be consistent the longest. It’s all about consistency for me, and doing it all before somebody comes behind me »

Ainsi et même s’il participe moins aux blockbusters estampillés Trap, laissant sa place au fil du temps aux producteurs sus-cités, Drumma Boy reste pourtant bien présent dans le paysage en œuvrant à la montée en puissance de jeunes artistes, dont un rappeur maigrichon en provenance de Memphis, Young Dolph. Avec son rap qui prend aux tripes, Drumma retrouve chez Adolph les ambiances qui lui sont chères : « dark, full of struggle, full of heartache, full of pain ». L’osmose entre les deux hommes est totale. Les injections de basse et de synthés conquérants caractéristiques du producteur envahissent alors massivement les meilleurs projets de Dolph (Blue Magic, la série High Class Street Music), au côté d’un autre vétéran et légende impérissable de M-Town, DJ Squeeky, leurs carrières se faisant régulièrement écho.

Comme à son habitude, il continue également à collaborer tout au long de la décennie aux projets des artistes qui composent son cercle le plus proche et avec lesquels il remémore l’influence massive des sonorités de Memphis dans le rap mainstream d’aujourd’hui : It’s Game Involved de Gansgta Boo, la série Cheez N Dope de Project Pat, Strictly 4 Traps N Trunks 44 de Young Buck, ou le Ultimate Warrior de Starlito...

Avec cette fidélité chevillée au corps et à l’instar du 12 mai 2010 (ndlr : voir vol.1), Drumma est une nouvelle fois présent pour cueillir un Gucci ressuscité sur le parvis de la prison le 26 mai 2016 et filer s’atteler à l’album Everybody Looking dont le titre nous renvoie avec malice à un morceau du même nom sorti en 2010 sur The Burrrprint 2 et produit par … Drumma Boy ! Dans All my children, Gucci Mane revendique la paternité des rappeurs qui ont explosé à Atlanta pendant que celui-ci se refaisait une santé derrière les barreaux, une vérité que l’on peut également appliquer à son producteur tant la nouvelle vague peut remercier Drumma Boy d’avoir porté le sale Sud bien au-delà des frontières et des préconceptions.


Liste des pistes

  1. D-Boy Fresh - The Birth
  2. Young Jeezy (Feat. Fabolous) - Flexin
  3. Gucci Mane - Nobody
  4. Drumma Boy (Feat. 2Deep & Devin Hill) - Talk Of Da Town
  5. Future (Feat. Shawty Lo) - Bigger Picture
  6. Gucci Mane & Waka Flocka Flame - Ferrari Boyz
  7. 2 Chainz - U Da Realest
  8. 8Ball - Bytch Like
  9. Gucci Mane - Out The Zoo
  10. D-Boy Fresh (Feat. Zed Zilla) - In Your Eyes
  11. Moneybagg Yo - Animal
  12. Don Trip & Starlito - 28th Song
  13. Eastside Jody - Can’t Stop Hustlin
  14. SD - Blessed
  15. Project Pat - Pistol And A Scale
  16. Gangsta Boo (Feat. Young Buck) - Talk Nasty
  17. D-Boy Fresh (Feat. Ike Miles & Young Dolph) - Bang Ya
  18. Eastside Jody - No Hook
  19. Yo Gotti - Imagine Dat
  20. Young Jeezy - Me Ok
  21. Master P - No Way
  22. Dj Paul & Drumma Boy - Him Vs Me [Prod. By Cartune Beatz]
  23. Turk (Feat. Gunplay) - Blame It On The System
  24. Lil Keke - Back & Forth
  25. Young Dolph - No Sleep
  26. Drumma Boy & Junior Reid - Where I Come From [Prod. By Mars]
  27. Lil Scrappy - Expensive
  28. Gangsta Blac - Yea Boi

Sources :
- "Interview : Drumma Boy Talks Respect, His Legacy, and Wanting to Work With Miley Cyrus" par David Drake, Complex Mag
- "Drumma Boy : “The Beats Is Like A Hustle, It’s 20% Of My Mind” par JL. Barrow, Nodfactor



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