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Focus

Dj Smokey Back To The Treehouse

Psykokwak et psilocybes

Jocelyn Anglemort, le 25 juillet 2016

Pour fêter la sortie de la nouvelle K7 du producteur canadien, nous vous proposons de (re)découvrir l’univers de Dj Smokey, au risque de vous faire échouer à tous vos prochains contrôles antidopage.

Le succès colossal rencontré par l’application Pokémon Go prouve que certaines icônes de l’enfance sont immortelles, surtout lorsqu’elles savent se renouveler pour coller aux exigences du moment. Le jeu de Nintendo, sorte de cueillette de champignons digitale, vous envoie à la chasse aux monstres, souvent en territoires hostiles, pour renouer avec la nostalgie des héros des années 2000 et composer la collection la plus pointue possible.

Cette quête, Dj Smokey l’a commencée il y a déjà quelques années.

En 2011 plus précisément, quand, encore lycéen, il occupe ses journées en participant à divers travaux d’intérêt général (résultats de sa tendance à échanger de l’herbe contre quelques dollars CAD) sur fond de Blackland Radio 666, la mixtape fondatrice du renouveau phonk sortie par SpaceGhostPurrp cette même année, au sein de sa ville natale d’Halitmon, Ontario, Canada.

Dj Smokey posant un piège

Ville fortement industrielle, Scumilton (sympathique sobriquet dont la ville se trouve affublée) se retrouve gravement impactée par les métaux lourds lorsque la pollution de l’air rend la respiration difficile, les décharges industrielles contaminent les terres et les poissons de la baie deviennent immangeables. Ce coût écologique causant énormément de tort à la région, la ville agit et l’industrie pharmaceutique remplace rapidement la métallurgie et la sidérurgie.

Dans ce contexte riche en substances qui altèrent le corps et l’esprit, volontairement ou non, Dj Smokey commence à produire dans son coin des beats inspirés par le devil shyt du Tennesse, sous-genre qui connait à ce moment une seconde jeunesse au Canada grâce à Tommy Kruise et en Floride avec les zouaves du Raider Klan.

C’est d’ailleurs en compagnie de certains de ses membres qu’il débute, au départ avec les frangins de Metro Zu, Lofty 305 et Ruben Slikk, puis avec Etherwulf et sur le très chouette Codeine and Pizza de Chris Travis en 2012.

Suite aux bons retours sur son 1er projet solo, Evil Wayz Vol.1 sorti en 2013, les connections s’établissent rapidement via les réseaux sociaux et permettent à Smokey de se faire inviter sur la série de mixtapes Basement Musik de Yung Simmie, sans doute le rappeur avec lequel l’alchimie fonctionne le mieux.

Parallèlement Smokey multiplie les projets solos de plus en plus psychédéliques au fur et à mesure que les drogues se durcissent (un assortiment variés d’opiacés, d’hallucinogènes et de sédatifs). Il plonge tête baissée dans une réalité augmentée en 8Bit et violacée, l’imagerie qui entoure sa musique devient alors absolument délicieuse de régression primaire et de délires multicolores.

Même s’il prescrit toujours des beats pour certains rappeurs, ses projets contiennent peu de collaborations (hormis à la production), l’utilisation de samples lui suffisant pour prodiguer des couplets et des refrains assassins. Comme le Kirby de Nintendo, figure récurrente de sa discographie, Smokey avale les rappeurs qu’il sample pour absorber leurs pouvoirs et donner une seconde vie à des morceaux parfois tombés dans l’oubli.

Cette méthode lui permet de concevoir une mixtape en moins d’une semaine, utilisant comme base de travail une bonne quantité de samples autour de laquelle il construit ses chansons (étonnamment aucun de ses morceaux ni vidéos n’a jamais été supprimé au motif de la violation des droits d’auteur, parfois la faiblesse du trafic généré a du bon).

Comme dans le chef d’œuvre de Chuck Norris « Forest Warrior – L’esprit de la forêt », Dj Smokey peut lui aussi se transformer au fil des saisons, que ce soit en grizzly distribuant les basses comme de grosses baffes, ou bien en aigle royal répondant à l’appel des montagnes pour de longues nappes aériennes.

Une fois la période de la chasse terminée, il sait aussi se tourner vers des ambiances plus glaciales, quand il s’associe à Young Sherman ou Eric Dingus par exemple, pour des chansons sur le fil où l’on entend la glace craquer sous nos pieds.

Aussi, s’il est question de maisons pièges dans son œuvre, notamment à travers les nombreuses interventions du Trap God Gucci Mane, celles-ci sont ici constituées de rondins de bois et décorées de queues de castors accrochées aux murs. Les drogues qui y sont dégustées poussent en forêt et rendent les pupilles bien charbonneuses.

Malheureusement, cette vie d’ermite a certaines limites.
En 2014, Smokey sombre dans la dépression, cramé par les excès, et décide l’an dernier de renoncer aux opiacés (uniquement aux opiacés, n’exagérons pas) et de renouer avec ses comparses du début, KirbLaGoop, Smokeasacet Ruben Slik, pour monter le « Positive Squade », avec une esthétique plus festive et rigolarde que son travail précédent.

Smokey tente courageusement de lever le pieds après avoir poussé tous les voyants dans le rouge (voir son physique lui donnant 10 ans de plus) même si, comme l’atteste la pochette de son nouveau projet Codeine Demonz Vol2, il y aura toujours des monstres pour frapper à la porte de sa cabane.

La discographie de Smokey est un vaste jeu de piste, une traque remplie de samples vocaux à reconnaître et où il n’est pas rare de croiser Koopsta Knicca et Pimp C cavalant à dos de Yoshi sous l’effet des champignons.

Cette façon de se réapproprier l’œuvre des rappeurs fait de sa musique un ensemble admirable et fascinant que nous vous proposons de découvrir à travers cette sélection de morceaux où se mélangent jeunes loups et vieux briscards.

Illustration : Dirt Noze



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