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Chroniques

Fat Nick When The Lean Runs Out

#1 Buffet Boys

Mugen le druide, le 26 octobre 2016

Quand un rappeur commence à gagner en notoriété, il essaye en général d’en faire profiter son entourage. La fan-base grandissante et dévouée de Pouya est une parfaite fenêtre d’attaque pour les Buffets Boys. Ce qui n’était au début qu’un petit groupe d’ados s’est au fil des années et des rencontres transformé en vraie petite famille de substitution. Une famille remplie de jeunes talentueux et pleins de ressources : Mikey The Magician, Don Krez, Shakewell Germ et bien sûr Fat Nick.

Si ses deux précédents travaux comportaient quelques bons titres, ils étaient plus à classer comme des entrées en matière. Avec When The Lean Runs Out , Fat Nick a vraiment passé un cap et délivre un produit final de qualité.

L’habit ne fait pas le moine. Imaginez Boo Boo de Dragon Ball Z, ajoutez lui des dreads blondes et une paires de lunettes Cartier sur le nez et vous obtenez Fat Nick. La même tête rondouillarde, le même amour pour la bouffe, la même puissance destructrice et insoupçonnée. Et comme son alter-ego Pouya, le jeune floridien déborde d’énergie et fait preuve d’une grande souplesse dans le maniement de la rime.

Les titres Brand New et Pull It Out qui ouvrent le projet avec force, prouvent qu’on peut à la fois être un rappeur relativement technique tout en faisant des sons estampillés trap. Avec son fast flow, on garde forcement en tête qu’aux cotés de Pouya, Nick était à bonne école. Kill Shit ou Pulled Off avec Chris Travis ne manqueront pas eux non plus de déclencher des mouvements de têtes répétés. Il faut d’ailleurs souligner le talent de Nick pour les refrains, toujours très efficaces et qui transforment certaines chansons en véritables petits bangers, rappelant parfois les refrains drill du rap de Chicago. Il est fan de Chief Keef et de Fredo Santana.

Hot boy, broke boy
Boy, cut it out

Dans une ambiance plus sombre, le morceau Perses sera l’occasion d’inviter Da$h, qui lâche un couplet agressif à la hauteur de sa réputation. Le refrain qui sample Uzi Loogies participe aussi à l’atmosphère du morceau.

La plupart des productions du projet sont signées par Mikey The Magician, autre rondouillard à la peau pale. Comme c’est souvent le cas, quand les $uicideboy$ sont invités sur un projet, c’est souvent $crim qui fournit la prod pour l’occasion, sous son pseudonyme Budd Dwyer dans le cas de la chanson 2 Hot 4 U. Le résultat ? Sans doute la meilleure chanson du projet, le gros Nick se donne à 100% en rappant à un rythme effréné. En bon partenaire de crimes, $crim enchaînera avec un couplet titanesque qu’il finira, comme souvent, avec une voix en pleine mutation avant de laisser à un Ruby en grande forme le soin de finir le travail. L’alchimie est telle qu’on se mettrait presque à rêver d’un EP entier du trio.

When The Lean Runs Out est aussi l’occasion de découvrir une autre facette de ce petit amuseur de galerie. Dans la deuxième moitié du projet, la pression redescend d’un cran, laissant place à des morceaux plus calmes.

Derrière le doux refrain de Drip il dissimule quelques lignes sur ses addictions. Et même s’il est évident que les personnages de rap dépressifs sont aujourd’hui à la mode, son amour pour le sirop a déjà contraint ce brave Nick à faire un petit séjour à l’hôpital après une crise cardiaque. Il voue d’ailleurs un culte à Dirty Sprite 2 et à Future en général.

Codeine, Oxycontin keep my brain fried

Ce coté émotionnel El Gordo Phantasma l’accentuera encore sur la prod mélancolique de Anthem For A Seventeen Year Old Boy. L’occasion de parler de ses rêves d’ado, son amour maladif pour les substances psychoactives, sa soif de reconnaissance et les liens profonds qui le lient à sa bande de potes des Buffet Boys. Dans le même paradigme, on retrouve les chants de Lil Peep sur P.S Fuck You Cunt, une apparition qui donne un peu de fraicheur. Là aussi, la connexion fonctionne bien, les deux n’en sont d’ailleurs pas a leur première collaboration. Le titre éponyme mérite lui aussi le détour, pour peu qu’on se penche sur ses textes, et conclut le projet avec brio.

I think I’m losing my mind,
Codeine keep slowing my time,
Droppin’ my love in the Sprite.

Malgré sa disposition avantageuse dû à sa proximité avec Pouya, il faut rendre à César ce qui appartient à César, le gamin est plutôt doué. Avec ce projet, Fat Nick semble avoir trouvé la bonne recette, en alternant entre les titres bien punchy et des ambiances plus aériennes. Chaque auditeur y trouvera son compte. À une époque où tous les rappeurs poussent de la fonte et ou les obèses sont quasiment devenus une espèce en voie de disparition, voir un gamin de 20 ans assumer son statut de "petit gros" est rafraîchissant. Comme Rick Ross à la belle époque, il ne manque pas une occasion de se mettre torse nu. Espérons seulement que ses mauvaises habitudes n’aient pas raison de sa santé, le mélange d’obésité et de grande quantité de sirop pouvant être très dangereux (RIP Screw, Rip C). Et si on a nécessairement envie de le voir réussir, c’est aussi un peu pour ce qu’il représente pour le commun des mortels : un mec pas vraiment gâté par la vie, mais qui est ultra déterminé. Si les choses suivent leurs cours, les diamants VV’s dont il parsème ses versets seront bientôt les siens. C’est tout le mal qu’on lui souhaite.

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